vendredi 6 octobre 2017

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (II)

Mon ouvrage sur la Continental sort le 16 octobre prochain. Voici un petit extrait de la préface de Bertrand Tavernier:

"Cela faisait des années que j’attendais un tel livre, qui bouscule des croyances, des préjugés, décape certaines fables et fait émerger la face cachée d’un iceberg, tout un pan d’une Histoire dont on croyait connaître les grandes lignes. […] Il faut dire que Christine Leteux s’est plongée dans les archives, est allée consulter des tonnes de documents pour la plupart inédits et jamais cités, à commencer par ces archives allemandes, ces extraits non traduits du journal de Goebbels et surtout tous ces dossiers d’épuration, jamais ou si peu consultés à ma connaissance, qui fournissent une foultitude de renseignements précieux… […] Oui, je l’avoue, j’ai passé un moment extraordinaire, en parcourant ce livre que je n’ai pu lâcher, qui détruit tant de clichés, rend certains comportements plus humains, certaines motivations plus complexes."

Vous pouvez dès à présent le pré-commander chez l'éditeur, à la FNAC, sur Amazon ou chez votre libraire préféré.

dimanche 17 septembre 2017

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (I)

Mon ouvrage Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand, avec une préface de Bertrand Tavernier, sortira le 16 octobre au prix de 23 euros.
Vous pouvez le pré-commander sur le site de La Tour Verte.

Octobre 1940. Un producteur allemand, Alfred Greven, crée dans Paris occupé une société de production cinématographique, la Continental Films, où il enrôle les plus célèbres vedettes (Danielle Darrieux, Fernandel, Raimu, Harry Baur) et des cinéastes de renom (Marcel Carné, Maurice Tourneur, Henri Decoin, Henri-Georges Clouzot). Durant les quatre années d’Occupation, la Continental produit trente films, dont certains chefs d’œuvre, comme Les Inconnus dans la maison et Le Corbeau.
Pour la première fois, l’histoire de cette société de production, de son fondateur et de celles et ceux qui y ont travaillé est racontée de l’intérieur, grâce à des archives allemandes et françaises inédites. On verra sous un éclairage nouveau le climat délétère au sein de la Continental, le voyage des artistes à Berlin en mars 1942, ainsi que la mort mystérieuse d’Harry Baur.
Préface de Bertrand Tavernier.
Format : 12, 5 x 19, 5 cm. 400 pages, 16 pages de photographies, broché.
EAN : 9782917819425     Prix : 23 euros. 

dimanche 2 juillet 2017

Justin de Marseille au Cinéma St André des Arts le 10 juillet et le 7 août 2017

Maurice Tourneur en 1934 sur le tournage de Justin de Marseille
30 rue St André des Arts, 75006 Paris (M° St Michel ou Odéon)
lundi 10 juillet 2017 à 19h45
et lundi 7 août 2017 à 19H45

pour une projection de Justin de Marseille (1935) de Maurice Tourneur
qui sera suivie d'un débat.

jeudi 1 juin 2017

Fanchon The Cricket 1915

Fanchon le criquet

Un film de James Kirkwood avec Mary Pickford, Lottie Pickford, Jack Standing et Jack Pickford

Fanchon (M. Pickford) vit dans les bois avec sa grand-mère. La sauvageonne voudrait bien être acceptée par les jeunes du village. Mais, sa grand-mère est considérée comme une sorcière...

Cette adaptation de La Petite Fadette de George Sand donne à Mary Pickford un rôle de sauvageonne qu'elle affectionnait particulièrement. Si James Kirkwood n'est pas un grand réalisateur, il a avec lui un excellent opérateur en la personne d'Ed Wynard. Le film a été tourné pratiquement entièrement en extérieurs à Water Gap (Delaware) et permet à cet opérateur des prises de vue absolument magnifiques de sous-bois, lacs et rivières comme cette étonnante scène finale où Mary émerge d'un champ de seigle secoué par le vent. Le film repose entièrement sur les épaules de Mary qui fanfaronne, se bat avec des garçons et des filles et se jette à l'eau pour sauver son ami Landry. Avec un enthousiasme communicatif, elle construit un personnage particulièrement attachant qui ne supporte plus d'être isolée loin des autres. Le film permet aussi de voir ensemble Mary avec son frère Jack - qui fera une belle carrière d'acteur - et sa soeur Lottie, qui restera dans l'ombre. Mary se bat avec eux avec une belle frénésie. Il y a une jolie anecdote sur le tournage de ce film. Fred et Adèle Astaire séjournait dans le même hôtel à Water Gap que l'équipe du film. Ils purent ainsi assister au tournage de certaines séquences et cela suscita chez Fred le désir de faire un jour du cinéma. Fanchon the Cricket a été restauré en 4K par la Cinémathèque française et la Mary Pickford Foundation. La CF a projeté hier une version française de ce film. Il existe également une version anglaise conservée par la Fondation MP.

samedi 6 mai 2017

The Real Adventure 1922

Florence et King Vidor sur le plateau de The Real Adventure
Emancipée
Un film de King Vidor avec Florence Vidor, Clyde Fillmore et Philip Ryder

Rose Stanton (F. Vidor) rencontre par hasard Rodney Aldrich (C. Fillmore) dans un tramway. Rodney l'épouse peu après. Mais, pris par son métier d'avocat, il délaisse son épouse qui souhaite pouvoir s'épanouir elle aussi intellectuellement...

Durant les premières années de sa carrière, King Vidor produisait ses propres films avec comme actrice principale son épouse de l'époque, Florence Vidor. Très peu de ces films nous sont parvenus. The Real Adventure a été retrouvé à la Cinémathèque de Toulouse dans une copie malheureusement incomplète; il manque la deuxième bobine. Vidor avait dès ses débuts eu des préoccupations sociales comme le montre le magnifique The Other Half (1919), alors que dans celui-ci, il s'intéresse au sort de la femme au foyer. Florence Vidor est une superbe actrice de cinéma qui joue avec naturel et subtilité. De la jeune fille fière et décidée à l'épouse fatiguée de n'être qu'un faire-valoir de son mari, elle joue de son visage mobile sans jamais exagérer aucune expression. Il est fort dommage que la seconde bobine manquante de ce film contienne les scènes cruciales où elle réalise que sa vie maritale ne sera pas le lit de roses qu'elle avait envisagée. On la voyait sous une tempête de neige lors de leur lune de miel, puis éconduite sur le lieu de travail de son époux. Vidor travaille tout en finesse avec l'excellent opérateur George Barnes. Utilisant l'ellipse habilant, Vidor nous montre l'évolution de Rose qui décide de quitter son époux pour lui montrer qu'elle peut très bien gagner sa vie toute seule. Mais, malgré tout, le film n'est pas aussi prenant que l'était The Other Half. Et la fin est évidemment terriblement rétrograde: l'épouse rentre dans ses foyers après avoir expérimenté le rôle de femme émancipée car selon la morale de l'époque, elle ne peut s'accomplir sans un époux à ses côtés. La copie teintée incomplète est cependant de belle qualité, mettant en valeur la belle cinématographie de Barnes aussi bien dans les extérieurs qu'en studio. Une charmante curiosité.

dimanche 16 avril 2017

Maurice Tourneur dans "El País" du 15 avril 2017

La Main du diable (1943)

Suite au cycle de films de Maurice Tourneur à la Filmoteca de Catalunya de Barcelone, j'ai été interviewée par un journaliste d'El País qui a publié un excellent article sur la carrière de Maurice Tourneur. Vous pouvez le lire en ligne en espagnol. En voici la traduction :

Maurice Tourneur, cinéaste insoumis 
La Filmoteca propose un cycle dédié au réalisateur français, ignoré dans son propre pays 
La Filmoteca a prévu un cycle de 12 films de Maurice Tourneur (1876-1961) et l’a intitulé "un classique inconnu". Bien sûr, il l’est ici, mais aussi en France, où on ne lui a pas pardonné de ne pas avoir répondu à la mobilisation en 1914 et d’être resté aux Etats-Unis, évitant ainsi la Première Guerre mondiale. Tourneur était allé cette même année aux États-Unis pour travailler dans une filiale de la société Eclair. Bientôt, le succès de ses films dans ce pays lui a permis de réaliser et de produire ses propres films. Naturalisé américain, il a reçu l'admiration de ses collègues. Cependant, l’émergence des grands studios avec un système de travail où le réalisateur, perdant son autonomie, était un rouage sous contrôle ennuya Tourneur. En 1926, il quitta un tournage à la Metro n’acceptant pas la supervision par le producteur. Il se sentait épié. Et il est rentré en France. Mais dans son pays natal, on n'avait pas oublié qu'il était un déserteur.
 Christine Leteux a publié en France une biographie documentée du personnage et a été chargée de présenter le cycle de la Filmoteca. Pour Leteux, il y a une dernière image à propos de la notoriété française de son cinéaste. Les nécrologies dans la presse française étaient sans intérêt et mal informées. « Par contre, le New York Times a dit que son talent avait influencé le développement du cinéma. » De plus, à Los Angeles, il a son étoile sur le Walk of Fame. En fait, dans ses dernières années, il vivaient de traductions de romans policiers américains. Clarence Brown, qui avait été formé en tant que cinéaste grâce à Tourneur et était devenu un des réalisateurs préférés de Greta Garbo, lui envoya un chèque tous les mois jusqu'à sa mort. Et il arriva de Suisse pour assister à l'enterrement de son ami. Contrairement à Jacques, le fils de Maurice, qui avait été formé à côté de son père et qui, comme lui, travaillait maintenant aux Etats-Unis, ne se présenta pas à ses funérailles. La relation entre les deux était polie, mais distante étant donné que Jacques avait pris comme femme la maîtresse de Maurice. « Maurice suivait la carrière de son fils aux Etats-Unis en lisant la presse américaine», dit Leteux.
 En 1928, déjà installé en France, mais avec la presse rappelant son passé d’insoumis et anti-patriotique, il est expulsé de son pays. Leteux considère que dans cette campagne de certains de ses collègues, il y a un facteur non négligeable « de jalousie professionnelle ». Il va vivre une année à Berlin où il va tourner un film avec une jeune comédienne, Marlene Dietrich. Après 16 mois en Allemagne, il est autorisé à rentrer en France où il a le statut d’étranger expulsable qui doit renouveler son permis de séjour tous les trois mois. L’arrivée du cinéma parlant qui, pendant un certain temps, jusqu'à l'arrivée du doublage, freina l'importation de films, permet la résurrection de l'industrie locale où Tourneur aura sa part .
 Plus de complications 
L'invasion allemande de la France et la Seconde Guerre mondiale apportera de nouvelles complications pour Tourneur ; en tant que citoyen américain résidant en France, il est doublement suspect. Ses comptes en banque sont bloqués en 1941 et il doit se présenter chaque semaine aux autorités de son quartier. Bizarrement, à ce moment-là, il travaille pour la Continental, une société de production fondée par les Allemands en France. Comme Leteux l’explique, la Continental n’était pas un appareil de propagande allemande. Elle essaie d'être une société viable commercialement et de maintenir l'industrie cinématographique française en vie tout en bénéficiant à une Allemagne qui avait gagné la guerre. En fait, à la Continental on trouvait aussi bien des collaborateurs déclarés que d’autres professionels actifs dans la Résistance. Le film qui a ouvert le cycle de la Filmoteca (La Main du diable) a été tourné par Tourneur durant cette période.
 Pour Leteux, les films artistiques réalisés par Tourneur n'ont pas été reconnus. A l’époque muette, il rompt avec l'inertie du théâtre filmé (« Dans The Whip en 1917, il a filmé le déraillement d'un train »). Comme cinéaste, il s’est intéressé à la mise en scène, à l'éclairage et à la construction narrative et Leteux souligne que dans un film comme The Blue Bird (1918) « il y a une stylisation du décor qui anticipe l'expressionnisme introduit par Caligari en 1920. Dans le film, il y a beaucoup d'idées qui furent ensuite développées par les Allemands ».
 Certains documents consultés par Leteux pour écrire sa biographie sont issus d’archives françaises que les Allemands avaient emmenées à Berlin pendant l'occupation avant de terminer à Moscou après l'entrée des Soviétiques dans la capitale allemande. « Et il a fallu attendre la Glasnost de Gorbatchev, pour que les autorités françaises puissent revendiquer avec succès leur restitution. » En ce moment, elle travaille sur l'histoire singulière de la Continental.
 Tomàs Delclós

vendredi 24 mars 2017

Rétrospective Maurice Tourneur à Barcelone en Avril-Mai 2017


La Filmoteca de Catalunya (Cinémathèque de Catalogne) organise une rétrospective Maurice Tourneur à partir du 4 avril prochain. Je présenterai deux séances lors de cette rétrospective: 


Si vous êtes à Barcelone, ne manquez pas cette occasion de voir certains films rares de Tourneur! 
Ma biographie de Maurice Tourneur est toujours disponible chez La Tour Verte.

jeudi 23 mars 2017

Dinty 1920

Dinty (Wesley Barry) à droite
Un film de Marshall Neilan avec Wesley Barry, Colleen Moore, Noah Beery et Anna May Wong

Doreen O'Sullivan (C. Moore) quitte son Irlande natale pour San Francisco avec son fils pour y retrouver son époux. Mais, celui-ci est mort dans un accident et elle doit élever son fils seule. Dix ans plus tard, c'est Dinty (W. Barry) qui doit gagner leur vie car sa mère est malade de la tuberculose. Le gamin a fort à faire face aux autres vendeurs de journaux qui lui cherchent querelle...

En 1920, Marshall Neilan est le réalisateur préféré de Mary Pickford et il a conçu pour elle certains de ses plus beaux films comme Stella Maris (1918). Pour Dinty, il décide de faire une star d'un gamin de treize ans jusqu'ici acteur de complément, le petit Wesley Barry. Le gamin couvert de taches de rousseur rappelle le petit Robert Lynen avec son physique de petit moineau malingre et son bagou. Le reste de la distribution est étincelante avec une jeune Colleen Moore - avant qu'elle ne devienne la flappeur des années 20 -, Noah Beery en baron de la drogue de Chinatown et une toute jeune Anna May Wong dans le rôle de l'épouse de l'affreux Beery. Neilan n'hésite pas à réaliser un cocktail détonnant: mélodrame, humour et suspense en ne laissant pas une minute de répis au spectateur. Le début du film pourrait faire croire que nous allons voir un mélodrame social. La pauvre Colleen Moore habite dans un sous-sol avec son fils au petits soins, utilisant toutes sortes d'inventions bricolées pour la soulager comme ce ventilateur qui tourne grace à un robinet d'eau froide. On découvre aussi la dureté des rues de San Francisco où le petit Dinty doit constamment se défendre face à des concurrents qui n'hésitent pas utiliser la violence. Pourtant on ne sombre pas dans la noirceur. On voit le gamin organiser un spectacle avec ses copains pour sa mère où il danse et chante sous les éclairages magnifiques du grand opérateur Charles Rosher. Parallèlement, une intrigue secondaire suit les agissements du roi du trafic d'opium sous les traits (bridés) de Noah Beery qui offre comme toujours la quintescence de l'ignoble traître. La fin du film est haletante avec la police à la poursuite de Noah Beery avec des avions tandis qu'on recherche à Chinatown la fille du juge kidnappée par le même Beery. Le petit Wesley Barry est adorable, plein de charme et offre une performance pleine de naturel et d'humour. Il ne faut pas manquer ce charmant opus de Neilan (où John McDermott n'a réalisé que les séquences de 2ème équipe en Irlande contrairement à ce qu'indique le programme) qui repasse la semaine prochaine à la Fondation Pathé.