mardi 18 août 2015

Why be Good? 1929

Pert (C. Moore) et l'ombre de Winthrop (N. Hamilton)
Un film de William A. Seiter avec Colleen Moore, Neil Hamilton et Edward Martindel

La jolie et vive Pert Kelly (C. Moore) est vendeuse dans un grand magasin. Le soir, elle fréquente assidument les dancings où elle gagne des compétitions de Charleston endiablées. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Winthrop Peabody Jr. (N. Hamilton) et flirte longuement avec lui. Elle ignore qu'il est le fils de son patron...

Ce film présumé perdu depuis des décennies a été retrouvé et restauré en 2014. Il est sorti en DVD la même année chez Warner Archive. Cette sortie ultra-rapide pour un film muet était, il est vrai, facilitée par la redécouverte simultanée de la bande-son Vitaphone avec laquelle le film était sorti en 1929, à l'orée du parlant. Il s'agit bien d'une oeuvre muette, mais accompagnée d'une partition musicale qui mêle le jazz, le charleston et les chansons des années 1920. On est replongé immédiatement dans l'époque des "flappers", ces jeunes filles coiffées à la garçonne qui entendent mener une vie libre, cependant dans les limites de la bienséance bourgeoise. On a oublié aujourd'hui que Colleen Moore fut la première et la plus célèbre flapper des années 1920 grâce à son rôle dans Flaming Youth (1922) de J.F. Dillon, un film qui n'existe plus qu'à l'état de fragments. L'actrice avait totalement changé de look en coupant ses anglaises pour une coupe au carré inspirée par sa poupée japonaise. Avec son corps gracile et son allure androgyne, la petite Colleen Moore impose un nouveau style de femme qui n'hésite pas à flirter et qui danse jusqu'à trois heures du matin un charleston endiablé. Elle se veut libérée bien qu'en fait, elle n'aille jamais jusqu'à bout de ses pulsions. Elle évite habilement de boire pour savoir contrer des hommes trop entreprenants. Son image de 'bad girl' n'est en fait qu'une façade où elle cache une vie finalement très rangée chez ses parents. Mais, elle estime nécessaire que faire croire qu'elle est une fille légère dans le milieu où elle travaille en tant que vendeuse. L'intrigue n'est pas très originale car de nombreuses autres stars des années 20 ont également interprété une petite vendeuse qui tombe amoureuse de son patron, ou de son fils comme Mary Pickford dans My Best Girl (1927) ou Clara Bow dans It (1927). Ce qui différencie Why be Good de ces autres films, c'est la performance pleine d'entrain et de charme de Colleen Moore qui réussit à nous captiver par son humour pétillant. William A. Seiter est un bon artisan qui sait très bien maintenir le rythme de cette comédie très réussie. Un vrai bonheur de redécouvrir Colleen Moore dans ce très joli film!

dimanche 16 août 2015

A tolonc 1914

Liszka (L. Berky)
L'indésirable
Un film de Mihály Kertész (Michael Curtiz) avec Lili Berky, Várkonyi Mihály et Mari Jászai

A la mort de son présumé père, Liszka (L. Berky) apprend qu'elle n'est pas sa fille. Elle quitte son village pour devenir servante chez une veuve. Elle tombe amoureuse de son fils Miklós (V. Mihály). Puis, elle est accusée de vol...

Mihály Kertész (alias Michael Curtiz) en 1914
Il y a fort à parier que ce film muet hongrois n'aurait jamais fait l'objet d'une restauration si le réalisateur n'avait pas fait ensuite carrière aux Etats-Unis sous le nom de Michael Curtiz. Adapté d'une pièce hongroise, cette production fait appel aux talents des acteurs du Théâtre National de Kolozsvár (de nos jours, Cluj en Roumanie). Le résultat est du théâtre filmé sans grand relief, à part quelques incursions bienvenues dans les paysages de Transylvannie. La filmographie muette de Kertész est fort peu enthousiasmante en comparaison de la grande période Warner des années 30 de Curtiz. Le cinéma de minuit nous avait présenté il y a quelques années un beau navet intitulé Das Spielzeug von Paris (1925) de sa période autrichienne avec la minaudante Lili Damita, son épouse d'alors. A tolonc est un peu plus intéressant en ce qu'il nous montre des Hongrois avec leurs us et coutumes. On peut remarquer aussi parmi les acteurs hongrois oubliés de ce petit film, le bellâtre Várkonyi Mihály qui fit plus tard carrière à Hollywood sous le nom de Victor Varconi. On peut le voir en particulier dans The Volga Boatman (1926) de Cecil B. DeMille. Pour ce qui est des metteurs en scènes hongrois  du muet, je me souviens avoir vu une bande bien plus intéressante signée Alexander Korda intitulée Eine versunken Welt (1922) avec Maria Corda et de nouveau Victor Varconi. 

mercredi 5 août 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VI)


Une excellente critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans 
le numéro de Télérama du 5 août 2015:

lundi 3 août 2015

Maurice Tourneur in Sight & Sound


I'm very proud to mention my first article in the September 2015 issue of the prestigious magazine Sight & Sound. It focuses on the premiere of Maurice Tourneur's Alias Jimmy Valentine (1915). My biography of Maurice Tourneur is available from La Tour Verte.

mercredi 8 juillet 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (V)



Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans le mensuel 
Positif N°653-654 de juillet-août 2015:
Je tiens à préciser que je connais très bien le livre de Harry Waldman (et non Waltman) et qu'il ne contient que fort peu d'informations biographiques étant essentiellement une filmographie commentée. Je ne l'ai pas utilisé car il ne contenait - en outre - aucune référence à des sources primaires.

mardi 30 juin 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (IV)

Une nouvelle excellente critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans le journal Bilan de Genève le 23 juin dernier:
A la redécouverte du cinéaste Maurice Tourneur 
Maurice Tourneur et l'actrice Elsie Ferguson en 1917

Le nom reste vaguement connu. Le prénom ne dira rien à la plupart des gens, même s'ils aiment le cinéma. Maurice Tourneur (1879-1961) est bien le père de Jacques Tourneur, célèbre en son temps pour des films d'horreur comme «Cat People» (1942) ou «I Walked With a Zombie» (1943).   
Né près de vingt ans avant l'invention du 7e Art, ancien décorateur, ex-homme de théâtre, Maurice Tourneur a pourtant fait partie des réalisateurs les plus innovants des années 1910. Christine Leteux lui consacre aujourd'hui un énorme livre, basé tant sur des dépouillements d'archives inédites que sur le visionnement des films survivants. Le cinéma muet tient du continent perdu. Tout s'est conservé, ou détruit, par hasard. Comment s'y retrouver au milieu d'autant de lacunes? 

De Paris à Hollywood

Tourneur a bien sûr commencé sa carrière à Paris. Vers 1910, la France dominait encore l'industrie cinématographique mondiale. Il a ainsi été amené à tourner aux Etats-Unis. Dans une filiale. A la déclaration de guerre, cet objecteur de conscience n'est pas revenu, ce qui lui vaudra de gros ennuis plus tard. Il participera ainsi à l'édification des trusts américains, qui émigreront vite de New York à la Californie. 
Tourneur a énormément produit entre 1914 et 1920, Pour Christine Leteux comme pour d'autres, il reste un des créateurs du récit cinématographique, alors basé sur la seule image, avec David Wark griffith et Cecil B. DeMille. En 1926, le Français quitte cependant les Etats-Unis. Un producteur exécutif, tranchant de tout, lui est désormais imposé, comme à ses collègues. Une ingérence qu'il juge incompatible avec son art. 

Une seconde carrière française

Si la période muette, remise à l'honneur il y a un siècle par les «Giornate» de Pordenone, reste connue des seuls rats de cinémathèque (1), l'époque française est revisitée grâce aux efforts (eux aussi lointains) de Patrick Brion pour France3. Il s'agit d'un moment très inégal, avec beaucoup de commandes. Elle se termine en 1948, après d'excellentes choses pendant la guerre pour la Continental, qui avait le défaut d'être allemande (2). Oublié, bientôt infirme, Tourneur sombre alors dans la misère. Il est aidé financièrement par Clarence Brown, son ancien assistant, devenu réalisateur vedette à la MGM. 
L'ouvrage se révèle extrêmement bien fait. Il se lit avec plaisir. On admire la pugnacité de l'auteur et le courage de l'éditeur. Comment vendre Tourneur en 2015, alors que ses longs-métrages les plus accomplis ont aujourd'hui près de 100 ans et que le petit monde des cinéphiles se meurt?  

(1) Des rats mal rassasiés. La Cinémathèque française programme peu de muets et celle de Bruxelles utilise la salle qui leur était vouée pour d'autre projections.

(2) Son parlant le plus connu reste «La main du diable» (1942). 

Pratique


Etienne Dumont

samedi 13 juin 2015

Die Pest in Florenz 1919

Lorenzo (Anders Wikmann) et Julia (Marga Kierska)
La Peste à Florence
Un film d'Otto Rippert avec Marga Kierska, Anders Wikmann, Theodor Becker, Otto Manstaedt et Juliette Brandt

Au XVe siècle, la ville de Florence est dirigée d'une main de fer par le conseil des Anciens présidé par Cesare (O. Manstaedt). L'arrivée d'un courtisane vénitienne Julia (M. Kierska) provoque l'émoi parmi les Anciens. Cependant, Cesare s'éprend follement de la jeune femme de même que son fils Lorenzo (A. Wikmann)...

Medardus (T. Becker) obsédé par Julia (M. Kierska)
Otto Rippert est un cinéaste allemand oublié que l'on ne cite que pour un titre de sa filmographie le sérial Homunculus (1916). Die Pest in Florenz montre pourtant l'immense talent de ce réalisateur par ses qualités esthétiques, de direction d'acteur et de narration. Certains auraient tendance à ne parler que du scénariste du film, Fritz Lang, pourtant ce film est bien supérieur à certains Lang de la même période comme Harakiri (1919). Bien qu'il s'agisse d'une production aux moyens importants - avec d'immenses décors reconstituant le centre de Florence et des centaines de figurants - le metteur en scène ne perd pas de vue l'intime dans sa direction d'acteurs. Evitant, les effets exagérés de l'expressionnisme, Marga Kierska réussit à donner à son personnage de courtisane un mélange de sensualité et d'humanité bienvenues. Dans une Florence puritaine et pieuse, elle va enflammer les sens de tous en particulier du vieux Cesare, qui se révèle un bel hypocrite, de son fils Lorenzo qui va tuer son père pour la belle, et finalement, dans une transgression ultime, l'hermite Medardus jette sa robe de bure aux orties pour une vie de débauche avec Julia. Si le scénario s'inspire d'Edgar Allan Poe (Le Masque de la mort rouge), il semble aussi que Lang ait puisé dans Thaïs pour la relation Medardus-Julia et dans Le Festin de Balthazar avec l'inscription sur le mur. Malgré ces éléments épars, le film conserve une vraie cohésion dramatique grâce à la mise en scène de Rippert qui réussit à préserver le fil conducteur dramatique. Mêlant avec bonheur extérieurs dans le sud de l'Allemagne et reconstitution de Florence, l'oeuvre nous propulse dans l'univers de la Renaissance italienne sans faillir. Le final tragique avec l'arrivée de la peste sous les traits d'une femme est également une grande réussite. Un superbe film qui mérite d'être redécouvert.

dimanche 31 mai 2015

Bandits en automobile 1912

Les bandits en fuite tirent sur la police
Un film de Victorin-Hippolyte Jasset avec Henri Gouget, Josette Andriot et Camille Bardou

L'épopée criminelle du bandit Bruno, et de son gang, et son arrestation par la police.

L'arrestation de Bruno (sous le matelas) dans le garage en feu 
Au printemps 1912, les méfaits de la bande à Bonnot tiennent en haleine toute la France. Avant même l'arrestation et la mort de Jules Bonnot, la société Eclair décide de faire un film sur l'épopée criminelle du gang. Le film a donc été réalisé en deux parties distinctes. La première intitulée L'auto grise montre la série de crimes et de braquages commis par Bonnot, et la seconde, Hors-la-loi, se concentre sur le siège du gang à Choisy-le-Roi le 28 avril 1912. Nous sommes donc face à une sorte de docu-fiction où les noms des protagonistes sont discrètement modifiés de Bonnot à Bruno, ce qui ne devait tromper personne. Comme la plupart des films Eclair que j'ai pu voir, le style de la maison est plus rapide et nerveux que celui des firmes concurrentes. La copie n'est pas tout à fait complète, mais les manques ne sont par rédhibitoires pour la compréhension. La première partie contient une action bondissante avec de fréquentes poursuites en voiture. La seconde est une recréation extrêmement fidèle du siège de Choisy-le-Roi tel qu'on peut le voir dans une bande d'actualités Gaumont de 1912. La police ne montrait pas du tout le professionnalisme que l'on connaît de nos jours. Il y avait un niveau d'improvisation assez affolant. Ainsi, on a utilisé une charette de foin pour s'approcher du garage où était retranché Bonnot pour faire exploser le mur à la dynamite. Il a fallu s'y reprendre à trois fois ! Il est étonnant de constater que le film de Jasset tent à héroïser le bandit qui fait face seul à la charge de la police. Golbalement, ce film montre le très grand talent de Jasset, qui avait été chef de figuration à la firme Gaumont, qui sait parfaitement construire son intrigue, choisir ses angles de prise de vue et impeccablement faire monter le suspense. La Cinémathèque royale de Belgique qui a retrouvé le film l'a mis en ligne sur YouTube.