mardi 30 juin 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (IV)

Une nouvelle excellente critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans le journal Bilan de Genève le 23 juin dernier:
A la redécouverte du cinéaste Maurice Tourneur 
Maurice Tourneur et l'actrice Elsie Ferguson en 1917

Le nom reste vaguement connu. Le prénom ne dira rien à la plupart des gens, même s'ils aiment le cinéma. Maurice Tourneur (1879-1961) est bien le père de Jacques Tourneur, célèbre en son temps pour des films d'horreur comme «Cat People» (1942) ou «I Walked With a Zombie» (1943).   
Né près de vingt ans avant l'invention du 7e Art, ancien décorateur, ex-homme de théâtre, Maurice Tourneur a pourtant fait partie des réalisateurs les plus innovants des années 1910. Christine Leteux lui consacre aujourd'hui un énorme livre, basé tant sur des dépouillements d'archives inédites que sur le visionnement des films survivants. Le cinéma muet tient du continent perdu. Tout s'est conservé, ou détruit, par hasard. Comment s'y retrouver au milieu d'autant de lacunes? 

De Paris à Hollywood

Tourneur a bien sûr commencé sa carrière à Paris. Vers 1910, la France dominait encore l'industrie cinématographique mondiale. Il a ainsi été amené à tourner aux Etats-Unis. Dans une filiale. A la déclaration de guerre, cet objecteur de conscience n'est pas revenu, ce qui lui vaudra de gros ennuis plus tard. Il participera ainsi à l'édification des trusts américains, qui émigreront vite de New York à la Californie. 
Tourneur a énormément produit entre 1914 et 1920, Pour Christine Leteux comme pour d'autres, il reste un des créateurs du récit cinématographique, alors basé sur la seule image, avec David Wark griffith et Cecil B. DeMille. En 1926, le Français quitte cependant les Etats-Unis. Un producteur exécutif, tranchant de tout, lui est désormais imposé, comme à ses collègues. Une ingérence qu'il juge incompatible avec son art. 

Une seconde carrière française

Si la période muette, remise à l'honneur il y a un siècle par les «Giornate» de Pordenone, reste connue des seuls rats de cinémathèque (1), l'époque française est revisitée grâce aux efforts (eux aussi lointains) de Patrick Brion pour France3. Il s'agit d'un moment très inégal, avec beaucoup de commandes. Elle se termine en 1948, après d'excellentes choses pendant la guerre pour la Continental, qui avait le défaut d'être allemande (2). Oublié, bientôt infirme, Tourneur sombre alors dans la misère. Il est aidé financièrement par Clarence Brown, son ancien assistant, devenu réalisateur vedette à la MGM. 
L'ouvrage se révèle extrêmement bien fait. Il se lit avec plaisir. On admire la pugnacité de l'auteur et le courage de l'éditeur. Comment vendre Tourneur en 2015, alors que ses longs-métrages les plus accomplis ont aujourd'hui près de 100 ans et que le petit monde des cinéphiles se meurt?  

(1) Des rats mal rassasiés. La Cinémathèque française programme peu de muets et celle de Bruxelles utilise la salle qui leur était vouée pour d'autre projections.

(2) Son parlant le plus connu reste «La main du diable» (1942). 

Pratique


Etienne Dumont

samedi 13 juin 2015

Die Pest in Florenz 1919

Lorenzo (Anders Wikmann) et Julia (Marga Kierska)
La Peste à Florence
Un film d'Otto Rippert avec Marga Kierska, Anders Wikmann, Theodor Becker, Otto Manstaedt et Juliette Brandt

Au XVe siècle, la ville de Florence est dirigée d'une main de fer par le conseil des Anciens présidé par Cesare (O. Manstaedt). L'arrivée d'un courtisane vénitienne Julia (M. Kierska) provoque l'émoi parmi les Anciens. Cependant, Cesare s'éprend follement de la jeune femme de même que son fils Lorenzo (A. Wikmann)...

Medardus (T. Becker) obsédé par Julia (M. Kierska)
Otto Rippert est un cinéaste allemand oublié que l'on ne cite que pour un titre de sa filmographie le sérial Homunculus (1916). Die Pest in Florenz montre pourtant l'immense talent de ce réalisateur par ses qualités esthétiques, de direction d'acteur et de narration. Certains auraient tendance à ne parler que du scénariste du film, Fritz Lang, pourtant ce film est bien supérieur à certains Lang de la même période comme Harakiri (1919). Bien qu'il s'agisse d'une production aux moyens importants - avec d'immenses décors reconstituant le centre de Florence et des centaines de figurants - le metteur en scène ne perd pas de vue l'intime dans sa direction d'acteurs. Evitant, les effets exagérés de l'expressionnisme, Marga Kierska réussit à donner à son personnage de courtisane un mélange de sensualité et d'humanité bienvenues. Dans une Florence puritaine et pieuse, elle va enflammer les sens de tous en particulier du vieux Cesare, qui se révèle un bel hypocrite, de son fils Lorenzo qui va tuer son père pour la belle, et finalement, dans une transgression ultime, l'hermite Medardus jette sa robe de bure aux orties pour une vie de débauche avec Julia. Si le scénario s'inspire d'Edgar Allan Poe (Le Masque de la mort rouge), il semble aussi que Lang ait puisé dans Thaïs pour la relation Medardus-Julia et dans Le Festin de Balthazar avec l'inscription sur le mur. Malgré ces éléments épars, le film conserve une vraie cohésion dramatique grâce à la mise en scène de Rippert qui réussit à préserver le fil conducteur dramatique. Mêlant avec bonheur extérieurs dans le sud de l'Allemagne et reconstitution de Florence, l'oeuvre nous propulse dans l'univers de la Renaissance italienne sans faillir. Le final tragique avec l'arrivée de la peste sous les traits d'une femme est également une grande réussite. Un superbe film qui mérite d'être redécouvert.

dimanche 31 mai 2015

Bandits en automobile 1912

Les bandits en fuite tirent sur la police
Un film de Victorin-Hippolyte Jasset avec Henri Gouget, Josette Andriot et Camille Bardou

L'épopée criminelle du bandit Bruno, et de son gang, et son arrestation par la police.

L'arrestation de Bruno (sous le matelas) dans le garage en feu 
Au printemps 1912, les méfaits de la bande à Bonnot tiennent en haleine toute la France. Avant même l'arrestation et la mort de Jules Bonnot, la société Eclair décide de faire un film sur l'épopée criminelle du gang. Le film a donc été réalisé en deux parties distinctes. La première intitulée L'auto grise montre la série de crimes et de braquages commis par Bonnot, et la seconde, Hors-la-loi, se concentre sur le siège du gang à Choisy-le-Roi le 28 avril 1912. Nous sommes donc face à une sorte de docu-fiction où les noms des protagonistes sont discrètement modifiés de Bonnot à Bruno, ce qui ne devait tromper personne. Comme la plupart des films Eclair que j'ai pu voir, le style de la maison est plus rapide et nerveux que celui des firmes concurrentes. La copie n'est pas tout à fait complète, mais les manques ne sont par rédhibitoires pour la compréhension. La première partie contient une action bondissante avec de fréquentes poursuites en voiture. La seconde est une recréation extrêmement fidèle du siège de Choisy-le-Roi tel qu'on peut le voir dans une bande d'actualités Gaumont de 1912. La police ne montrait pas du tout le professionnalisme que l'on connaît de nos jours. Il y avait un niveau d'improvisation assez affolant. Ainsi, on a utilisé une charette de foin pour s'approcher du garage où était retranché Bonnot pour faire exploser le mur à la dynamite. Il a fallu s'y reprendre à trois fois ! Il est étonnant de constater que le film de Jasset tent à héroïser le bandit qui fait face seul à la charge de la police. Golbalement, ce film montre le très grand talent de Jasset, qui avait été chef de figuration à la firme Gaumont, qui sait parfaitement construire son intrigue, choisir ses angles de prise de vue et impeccablement faire monter le suspense. La Cinémathèque royale de Belgique qui a retrouvé le film l'a mis en ligne sur YouTube.

The Exploits of Elaine 1914

Le détective Graig Kennedy (Arnold Daly au centre)
découvre ses propres empreintes 
Les Mystères de New York
Episode 1: The Clutching Hand (La Main qui étreint)

Un sérial de Leopold Wharton (George B. Seitz et Louis J. Gasnier) avec Pearl White, Arnold Daly et Sheldon Lewis

Un mystérieux assassin masqué surnommé "La main qui étreint" assassine le président d'une société d'assurances sur le point de l'identifier en l'électrocutant par l'intermédiaire d'une bouche d'aération. Le détective Craig Kennedy (Arnold Daly) est appelé à la rescousse...

Ce sérial produit par Pathé-Exchange, la filiale américaine de Pathé, faisait suite à l'énorme succès de The Perils of Pauline (1914) produit par la firme avec Pearl White en héroïne acrobate et téméraire. The Exploits of Elaine connut un immense succès dès sa sortie en décembre 1914. Malheureusement, comme c'est le cas pour d'autres sérials américains de même époque, il ne nous est parvenu qu'incomplètement et souvent dans des copies contretypées hideuses. Hier la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé a présenté une copie française en 16 mm un peu floue et sans contraste issue de la collection de Roland Lacourbe du premier épisode. Il est donc difficile dans ces circonstances d'apprécier totalement ce sérial et de comprendre ce qui impressionna tant les spectateurs de 1914-1915 lorsqu'ils découvrirent les 14 épisodes. On peut penser que le public apprécia exploits du criminel masqué qui a réussi non seulement à éliminer un ennemi à distance en l'électrocutant, mais aussi à placer les empreintes d'un détective sur une pièce à conviction avant que celui-ci ne soit appelé. Cela suffit certainement à créer le suspense et l'appétit des spectateurs dans ces deux bobines où les événements se succèdent rapidement. Pearl White est ici une simple comparse dans le rôle de la fille de la victime et il n'y a pas à douter qu'elle doit se déchaîner dans les épisodes suivants. Trois réalisateurs se sont succédés pour la réalisation de ce sérial. Le premier épisode a été réalisé par Leopold Wharton. A l'époque de la sortie du film, l'histoire était publiée simultanément dans la presse contrôlée par W.R. Hearst ce qui devait assurer une publicité sans égale pour le sérial. Espérons qu'un jour une belle restauration des épisodes qui ont survécus permettra d'apprécier ce sérial dans de meilleures conditions. 

Le Secret d'Alta Rocca 1920 (II)

La mystérieuse Mme Azmy (Lise Jaffry)
Un film d'André Liabel en 12 épisodes avec Louis Monfils, Henri Bosc, 
Jacqueline Arly, Jacques Volnys et Gina Manès
Episodes 7 à 12

Le romancier-détective Octave Bernac (Jean Dulac) a réussi à innocenter Jean Caudry (H. Bosc) et à confondre Valetti (J. Volnys). Cependant, les mystérieux occupants de la Villa Alta Rocca continuent à sévir...

Le scénariste Valentin Mandelstamm
Ces six derniers épisodes se sont clos sur une interrogation. Le fameux secret d'Alta Rocca en est resté un après l'apparition du mot fin à l'écran. Il semble évident qu'il manque certaines séquences du film qui auraient éclairé notre lanterne. Certes, on a compris que les occupants de la villa finançaient leurs recherches scientifiques en volant le bien mal acquis de profiteurs de guerre. Utilisant les méthodes de Robin des Bois, ils prennent aux riches pour aider leur cause qui reste obscure. On a compris que Mme Azmy est une princesse balkanique en exil et qu'elle dirige un groupe d'hommes déterminés de nationalités différentes (dont des russes) pour obtenir de l'argent coûte que coûte. Mais, que cherche-t-elle? A reprendre le contrôle de sa principauté balkanique ? A punir des profiteurs de guerre ? Quelles sont ces mystérieuses recherches scientifiques qui semblent impliquer des éclairages sous-marins ? Tout cela n'est aucunement résolu dans ce qui reste du film. Et c'est bien dommage, car l'intrigue annexe amoureuse a été résolue rapidement. Il faut noter que la police est constamment tenue à l'écart par le détective amateur Octave Bernac. Bien qu'il soit l'ami d'un policier - par ailleurs pas très futé - il ne le tient pas forcément au courant de ses investigations et préfère arranger les choses en dehors de la loi. C'est ainsi qu'il sait que Mme Azmy pratique le chantage et le vol. Mais, comme il considère que c'est pour une bonne cause, il laisse faire. Au total, malgré des éléments intéressants en prise avec la période de l'après-guerre, le feuilleton se révèle inégal et bien moins prenant que les grands sérials de Feuillade. On peut néanmoins louer la belle cinématographie de Marcel Eywinger et la qualité des extérieurs. 

mercredi 27 mai 2015

Le Secret d'Alta Rocca 1920 (I)

Jean Caudry (Henri Bosc)
Un film d'André Liabel en 12 épisodes avec Louis Monfils, Henri Bosc, Jacqueline Arly, Jacques Volnys et Gina Manès
Episodes 1 à 6

Dans la mystérieuse villa Alta Rocca au bord de la Méditerranée, M. et Mme Azmy (Louis Monfils et Lise Jaffry) organisent des escroqueries et des chantages. Une de leurs victimes est le banquier Romero (M. Javerzac) qui a réalisé des trafics louches en Amérique du Sud durant la guerre...

Viola Santi (Gina Manès)
En 1919, René Navarre, l'illustre interprète de Fantômas, crée une société de production à Nice nommée les Cinéromans. Il utilise les studios de la Victorine (alors appelés Ciné-studios) qui sont les mieux équipés de France à l'époque. Ils profitent aussi du climat clément de la Côte d'azur qui leur permet des tournages en extérieurs. Pour ce Cinéroman en 12 épisodes, le scénario est signé Valentin Mandelstamm qui est l'auteur de plusieurs romans. Il a concu une intrigue criminelle à rebondissements qui est cependant moins échevelée que celles d'Arthur Bernède, le collaborateur de Louis Feuillade. Plusieurs intrigues se nouent dans des milieux différents. D'un côté, il y a les agissements louches des Azmy qui dissimulent leur identité et de l'autre la vie apparemment sans histoires d'un riche industriel, M . Sourbier, et de sa fille. Or, ce dernier a un homme de confiance, Vitelli (Jacques Volnys) qui est en fait une sombre canaille qui essaie de marier son neveu désargenté avec Catherine (J. Arly) la fille de Sourbier. Pour arriver à ses fins, il n'hésite pas à faire emprisonner le fiancé secret (Henri Bosc) de celle-ci en fabriquant des preuves. Le film est extrêmement riche en séquences tournées en décors naturels et nous permet de découvrir Nice, ses vieux quartiers, ses rues pentues avec leurs trams ainsi que Grasse et Cannes. Malheureusement, André Liabel n'est pas un grand réalisateur et il filme sans grand relief cette intrigue criminelle. Les acteurs sont peu connus à part Henri Bosc (qui faisait du cinéma depuis les années 1910 comme dans La Dame de Monsoreau) et la jeune Gina Manès en amoureuse éconduite. Malgré tout, la sauce prend car le scénario nous transporte dans le microcosme de cette côte d'azur de l'après-guerre où se croisent des russes émigrés, des sud-américains et les industries locales, comme la parfumerie de Grasse. A bientôt pour la suite!

Zur Chronik von Grieshuus 1925

Le vieux seigneur de Grieshuss (A. Kraußneck) se meurt près de
ses fils Hinrich (P. Hartmann) et Detlev (R. Forster)
La Chronique de Grieshuus 
Un film d'Arthur von Gerlach avec Lil Dagover, Paul Hartmann, Rudolf Forster, Arthur Kraußneck et Gertrud Arnold

Au XVIIe siècle, le seigneur de Grieshuus (A. Kraußneck) souhaite faire de son fils Hinrich (P. Hartmann) son unique héritier. Mais, ce dernier tombe amoureux de Bärbe (L. Dagover) la fille d'un serf. Son père décide de le déshériter...

Bärbe (Lil Dagover)
Cette magnifique production de la UFA est une oeuvre d'atmosphère pratiquement tournée entièrement en studios. Le producteur Carl Laemmle n'a pas lésiné sur les moyens avec la construction d'un village et d'un château avec étang et landes désolées. Evoquant les gravures de Dürer, la composition des plans est de toute beauté avec des effets de clair-obscur ou des brumes évocatrices. Le scénario de Thea von Harbou est une adaptation d'un nouvelle de Theodor Storm qui nous plonge dans l'univers poétique d'un XVIIe siècle de conte de fées. Les situations ne sont pas nécessairement originales, mais c'est leur mise en image qui fait le pris de ce magnifique film. On retrouve l'opposition entre un père noble et son fils qui à ses yeux le déshonore en épousant une serve. Puis, le conflit se déplace après la mort du père entre les deux fils qui tous deux convoitent la Seigneurie. Au milieu de ce conflit, il y a la belle Bärbe que joue Lil Dagover avec son talent habituel. Elle sera une des victimes expiatoires de la violence entre les frères. Pour un tel film, la musique est essentielle pour porter l'atmosphère lyrique et poétique du propos. J'avais eu la chance de voir ce film en 2012 à la Cinémathèque française avec l'accompagnement génial du pianiste Stephen Horne. Arte nous l'a présenté avec une reconstruction de la partition originale du compositeur Gottfried Huppertz qui a également composé des partitions pour plusieurs grands films de Fritz Lang. Le résultat est un véritable plaisir pour l'oreille après plusieurs partitions modernes affligeantes présentées récemment. Huppertz donne au film exactement le lyrisme et les couleurs chromatiques post-romantiques qui lui conviennent. C'est l'une des plus belles partitions reconstituées que j'ai entendue avec celle d'Eduard Künneke pour Das Weib des Pharao (1922, E. Lubitsch) et celle d'Henri Rabaud pour Le Joueur d'échecs (1927, R. Bernard). Une superbe restauration à tous les points de vue.

lundi 25 mai 2015

Am Rande der Welt 1927

Le Lieutenant (Jean Bradin) et Magda (Brigitte Helm)
Au bout du monde
Un film de Karl Grune avec Albert Steinrück, Brigitte Helm, Wilhelm Dieterle et Max Schreck

Dans un moulin proche d'une frontière, un meunier (A. Steinrück) engage un étranger (Erwin Faber). Il s'installe avec la famille du meunier et tombe amoureux de sa fille Magda (B. Helm). C'est en fait un espion. La guerre éclate peu après...

Le fils du meunier face aux soldats ennemis
Ce passionnant film pacifiste de Karl Grune est fort peu connu, mais heureusement, une récente restauration est maintenant disponible sur  le site European Film Gateway. La distribution est impressionnante avec plusieurs grands noms du cinéma allemand: Brigitte Helm, Wilhelm Dieterle et Max Schreck. Grune nous raconte une histoire se déroulant dans un pays imaginaire où un meunier et sa famille se retrouve au centre d'un violent conflit à cause de leur position géographique proche d'une frontière. Un espion s'est infiltré à leur insu et leur moulin va devenir un point stratégique dans les plans de bataille des deux côtés. D'ailleurs, il ne semble pas qu'il existe réellement une armée "amie" pour les malheureux civils. Le moulin est investi par une colonne armée et le fils du meunier est emmené manu militari. Son sort repose entre les mains d'un capitaine brutal et cruel qui s'intéresse de près à sa soeur, la jolie Magda (Brigitte Helm en délicieuse ingénue). Il la met face à un dilemme épouvantable: accepeter de se donner à lui ou son frère mourra. Pourtant, parmi cette armée d'occupation, il y a un jeune lieutenant (Jean Bradin) qui va faire tout pour sauver le frère de Magda, par amour pour elle. Le film se termine par un sommet de violence avec l'incendie du moulin et l'exécution sommaire de l'espion. Bien que le film se déroule dans une contrée imaginaire, on ne peut s'empêcher de penser à la Grande Guerre en voyant les soldats dans des tranchées inondées avec un masque à gaz. D'ailleurs, la UFA voulut couper et remonter le film ce qui provoqua l'ire du réalisateur Karl Grune. C'est Brigitte Helm qui retient particulièrement notre attention en jeune ingénue, très éloignée de son rôle habituel de vamp. Wilhelm Dieterle joue le fils aîné du meunier avec talent; quant à Max Schreck, le terrifiant Nosferatu de Murnau, il est ici un colporteur inquiétant  à la tête d'un réseau d'espions. Une très jolie surprise qu'on aimerait bien voir sur Arte avec une belle partition.