jeudi 27 mars 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (IV)

Une nouvelle critique d'En Angleterre occupée est maintenant en ligne sur DVDClassik.
Et pour celles et ceux qui désireraient en savoir (beaucoup) plus sur les origines et le destin d’un des projets les plus atypiques de l’Histoire du 7ème Art, l’on recommandera une nouvelle fois la lecture d'En Angleterre occupée. Journal d’un tournage, édité en français au début de l’année 2014 aux éditions de La Tour Verte.

dimanche 23 mars 2014

La Dame de Monsoreau 1913

Bussy (H. Bosc) quitte Méridor (alias Chenonceau)
Un film de Charles Krauss ? ou Victorin Jasset ? ou Emile Chautard ? 
avec Marie-Louise Derval, Henri Bosc, Paul Guidé, Victor Perny, Léonce Cargue et Emile Garandet

La belle Diane de Méridor (M.L. Derval) est convoitée par le Duc d'Anjou (L. Cargue) et doit accepter la protection du Comte de Monsoreau (Jean Dulac) qu'elle abomine. Un jour, elle sauve le Comte de Bussy (H. Bosc) blessé dans un duel, en faisant venir un médecin...

Chicot (V. Perny) fait boire Gorenflot (E. Garandet)
Le célèbre roman d'Alexandre Dumas a été adapté plus d'une fois au cinéma et à la télévision. Cette première version produite par la société Eclair sortie en novembre 1913 présente un intérêt certain. Tout d'abord, les films produits par cette firme ont presque tous disparus et la restauration d'une de leurs grandes productions est vraiment un événement à saluer. Il reste un sérieux problème pour l'indentification du metteur en scène de ce film. Cette production de la branche ACAD (Association cinématographique des auteurs dramatiques) a dans le passé été attribué à Maurice Tourneur, par le peu fiable Jean Mitry. En fait, les quelques sources que l'on possède montre qu'il n'en est rien. Emile Garandet, qui joue Gorenflot, indique que le film aurait été réalisé par Victorin Jasset. Et Paul Guidé, qui joue Henri III, donne Charles Krauss comme réalisateur. Il n'est pas impossible que le film ait été commencé par Jasset et suite à son décès en juin 1913, qu'il ait été repris par Charles Krauss. Quant à l'attribution à Emile Chautard qui réalisait les grandes adaptations littéraires de l'ACAD, elle reste également possible sans qu'on puisse l'affirmer à 100%.
Henri III (Paul Guidé) et sa cour
 En tout état de cause, c'est un plaisir de découvrir cette version de mon roman préféré d'Alexandre Dumas. Eclair n'a pas lésiné sur les moyens, entre les costumes somptueux, le tournage en extérieurs au château de Chenonceau et le choix des acteurs issus des grands théâtres parisiens. En seulement 60 min, l'intrigue complexe du roman est résumée à grands traits sans éliminer pourtant les personnages et les intrigues secondaires. Le résultat donne un film qui avance sur les chapeaux de roue, mais qui est nettement plus satisfaisant que la version languissante réalisée par René Le Somptier en 1923. Les films Eclair offrent un découpage nettement plus dynamique que les films Pathé de la même époque. Ce film contient d'ailleurs nombres de plans américains, qui étaient fort rares chez leur concurrent. Il y a une excellente qualité de la photo avec une composition et une lumière directionnelle élaborées.
Diane (M.L. Derval) retrouve son père amené par Bussy
Et on peut l'apprécier malgré les nombreuses traces de décomposition. Les acteurs sont parfois un peu théâtraux, mais évitent l'outrance. C'est surtout par sa pure beauté plastique que le film régale les yeux. D'ailleurs, lorsque le film fut distribué aux Etats-Unis en mai 1914, il reçut les louanges de la presse professionnelle qui "nota la beauté exceptionnelle des paysages et la magnificence des intérieurs." Le seul bémol dans mon appréciation du film vient de la fin heureuse qui a été élaborée pour épargner au public la mort du héros et qui, sans nul doute, fut adorée par le public américain, mais qui ne correspond pas du tout aux intentions de Dumas qui avait conçu un drame romantique dans les règles de l'art. Même si je préfère toujours le merveilleux feuilleton de 1971 réalisé pour l'ORTF, ce film Eclair reste un régal pour les yeux. Vous pouvez découvrir le film sur le site des Archives Françaises du Film en cliquant ici.

mardi 18 mars 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (III)


Une excellente critique dans le supplément télévision du Monde daté du dimanche 16-lundi 17 mars 2014. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

dimanche 16 mars 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (II)


Première critique de ma traduction de l'ouvrage de Kevin Brownlow dans le supplément du dimanche du  Républicain Lorrain du 16 mars 2014 (cliquez sur l'image pour agrandir):

dimanche 9 mars 2014

Dante's Inferno 1935

Jim Carter (S. Tracy) et une passagère (Ruth Alma Stevens)
Un film de Harry Lachman avec Spencer Tracy, Claire Trevor et Henry B. Walthall

Jim Carter (S. Tracy) ancien chauffeur dans la cale d'un navire, retrouve un emploi dans une fête foraine. Il y rencontre Pop McWade (H.B. Walthall) qui tient une attraction inspirée de l'Enfer de Dante. Il devient bonimenteur et décide de développer l'attraction à grande échelle...

Cette production Fox du réalisateur Harry Lachman est une véritable curiosité. Lachman avait été peintre dans sa jeunesse avant d'embrasser une carrière cinématographique. Il s'inspire ici de l'oeuvre de Dante et des illustrations réalisées par Gustave Doré. Au-delà de l'aspect pictural, l'intrigue se veut une fable moderne sur un homme dévoré par l'ambition qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Le Jim Carter qu'interprète avec talent Spencer Tracy est un homme parti de rien, sans éducation , mais qui sait manipuler son environnement. Chauffeur à fond de cale, il réussit à éviter les corvées en se faisant passer pour malade. Cela ne l'empêche pas d'organiser un concours entre les chauffeurs en empochant les paris. A peine viré de son emploi, il se retrouve dans une fête foraine. Dans cet univers factice, il se fond avec facilité. La rencontre avec le doux et paisible Pop (Henry Walthall, un ancien acteur de Griffith) va lui ouvrir soudain de nouveaux horizons. L'attraction de Pop est basée sur L'Enfer de Dante, une espèce de grotte en carton-pâte où sont détaillés les grands hommes et femmes de l'histoire et le sort qui attend les pécheurs. Jim n'y comprend pas grand'chose, mais il voit immédiatement comment en tirer de l'argent. Il réussit à convaincre les forains d'investir dans son immense attraction, provoquant le suicide de l'un d'eux, dépouillé de tous ses biens par Jim. Il devient rapidement un entrepreneur de spectacles et de casinos flottants. Mais, Jim n'a pas compris le message de Dante que Pop tente de lui faire comprendre: l'avidité le ménera à sa perte. Dans une magnifique séquence, les illustrations de L'Enfer s'aminent et prennent vie dans de splendides décors stylisés. Et la scène finale du navire casino en flammes se veut un enfer moderne où Jim va prendre conscience de ses erreurs. La jeune Claire Trevor est encore une ingénue, qui n'est pas encore devenue la garce qu'on lui fera jouer pendant des années. Et Rita Cansino (future Rita Hayworth) fait une belle apparition en danseuse à bord du navire. Une belle réussite du début de carrière de Tracy qui méritrait de sortir en DVD dans une belle copie permettant d'apprécier le travail de l'opérateur Rudolf Maté.

dimanche 2 février 2014

En Angleterre occupée - Journal d'un tournage de K. Brownlow (I)


Le 24 février prochain, le livre En Angleterre occupée - Journal d'un tournage de Kevin Brownlow, dont je suis la traductrice, sort en librarie aux Editions La Tour Verte. Simultanément le film En Angleterre occupée (1966) de K. Brownlow et A. Mollo sort en DVD (sous-titré français) chez Doriane Films, également le 24 février. Les pré-commandes sont désormais ouvertes sur le site FNAC pour le DVD. Le livre est en pré-commande sur le site de La Tour Verte, celui de la FNAC et sur Amazon.fr.

Si vous n'êtes pas familier de ce film de politique-fiction qui imagine l'Angleterre envahie par les Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale, vous pouvez lire l'interview que j'ai réalisée avec Kevin Brownlow en 2008 où il m'avait longuement parlé de ce projet fou: comment un adolescent de 18 ans a réalisé un film de guerre au sujet explosif avec un budget dérisoire et des acteurs amateurs. L'interview est également disponible en traduction française.

dimanche 12 janvier 2014

Nène 1924

Le petit Jo, Nène (S. Milowanoff) et Cordier (E. Van Daële)
Un film de Jacques de Baroncelli avec Sandra Milowanoff, Edmond Van Daële, Gaston Modot, François Viguier et France Dhélia

Madeleine, dite Nène (S. Milowanoff) est servante dans la ferme de Cordier (E. Van Daële). Elle s'occupe des deux petits enfants du fermier depuis la mort de leur mère. Elle est en butte aux avances de Boisseriot, un valet de la ferme (François Viguier) qu'elle repousse. Celui-ci entreprend de se venger en poussant la perfide Violette (F. Dhélia) dans les bras de Cordier...

Sandra Milowanoff a fait ses débuts dans les sérials de Louis Feuillade. C'est en 1923 qu'elle devient l'interprète favorite d'un autre cinéaste Jacques de Baroncelli. Dans Nène, elle reste fidèle aux personnages tragiques qu'on lui confiait volontiers. Nène est une servante de ferme laborieuse et bonne qui donne toute sa tendresse à deux enfants qui ne sont pas les siens. Elle ne se plaint jamais et sait se défendre face aux assauts d'un Boisseriot qui voudrait abuser d'elle. Baroncelli fait le choix d'un naturalisme total en tournant pratiquement tout le film en extérieur, probablement dans le bocage vendéen. Tiré d'un roman éponyme d'Ernest Pérochon, Baroncelli veut faire revivre à l'écran l'atmosphère de la vie paysanne à la fois rude et bucolique que décrit l'auteur. Nous ne sommes pas dans La Terre de Zola, mais les personnages sont très contrastés. Alors que Nène et Cordier sont deux êtres bons, Boisseriot et Violette sont à la fois pervers et cupides. Le frère de Nène, Jean (Gaston Modot) est lui un homme fragile, qui lorsqu'il abuse de la boisson peut perdre la tête. Baroncelli soigne particulièrement les éclairages et avec son opérateur Louis Chaix cherche une vision picturale de la campagne tout en nous faisant partager la vie quotidienne des paysans. Du point de vue cinématographie, Baroncelli utilise certaine des dernières innovations de l'époque comme cette courte séquence en caméra mobile lorsque Nène emporte en courant dans ses bras la petite Lalie qui a été brûlée. La soulerie de Gaston Modot est également suggérée par une scène en accéléré avec un montage rapide montrant des images inversées alors qu'il lutte pour retrouver son équilibre. Il est évident que Baroncelli n'est pas un cinéaste d'avant-garde. Il cherche essentiellement à servir son scénario (dont il est l'auteur) du mieux possible. Le film repose essentiellement sur les épaules de Sandra Milowanoff qui joue avec fougue, naturel et élan cette fille de ferme fière et sensée. Si le film est moins émouvant qu'une autre oeuvre de Baroncelli, Pêcheur d'Islande, c'est simplement que l'intrigue de Nène n'a pas les mêmes ressorts dramatiques. On s'attache moins aux personnages car ils n'ont guère le temps d'être développés. Il y a heureusement la beauté de la cinématographie, particulièrement mise en valeur par une copie teintée d'excellente qualité. Un Baroncelli dans la bonne moyenne, mais moins impressionnant et émouvant que La Légende de Soeur Béatrix ou Pêcheur d'Islande.

mercredi 18 décembre 2013

If I Were Free 1933

Un film d'Elliott Nugent avec Irene Dunne, Clive Brook, Nils Asther, Henry Stephenson et Vivian Tobin

A Paris, Sarah Cazenove (I. Dunne) est victime d'un époux manipulateur et violent (Nils Asther). Elle décide de le quitter et de divorcer après avoir rencontré un avocat, lui aussi, à la dérive, Gordon Evers (C. Brook)... 

Cette petite production RKO est typique des mélodrames que tournaient les deux actrices, Irene Dunne et Ann Harding, sous contrat avec cette société à l'époque. If I Were Free ne fait partie des mélos prestigieux avec sa durée de 66 minutes et son intrigue minimaliste. Tiré d'une pièce de théâtre de John Van Druten, le film n'offre pas de réelles surprises. Elliott Nugent n'est pas un grand réalisateur, même si il a produit quelques films intéressants comme Life Begins (1932) avec Loretta Young et Three Cornered Moon (1933) avec Claudette Colbert qui restent en mémoire à cause de la qualité de leurs scénarii. On ressent néanmoins un réel plaisir à la vision de ce film grâce aux deux acteurs principaux, Irene Dunne, toujours juste et émouvante et Clive Brook, qui sort de son impassibilité habituelle. Les thèmes abordés sont les mêmes que l'on rencontre dans des dizaines de mélos de l'époque: l'homme mal marié, la maîtresse que l'on cache et qui se sacrifie et la femme cupide qui refuse le divorce. Irene Dunne souffre noblement pendant que Clive Brook est menacé de mort par une blessure de guerre. Tout cela étiré sur une plus longue durée serait parfaitement insupportable. Mais, en 66 min, l'histoire d'amour de ces deux êtres maltraités par la vie est plausible. Clive Brook réussit même à être émouvant en alcoolique sarcastique. Les seconds rôles sont tenus par la crème des acteurs britanniques comme Henry Stephenson et Halliwell Hobbes. Nils Asther est un méchant dans la lignée de son rôle dans Letty Lynton (1932) de Clarence Brown. Ce n'est certainement pas un grand film, mais une petite production sympathique.