lundi 21 décembre 2015

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (III)


A new review of my Capellani biography from amazon.com:

A Great Read by Rick Lanham (Dec 20, 2015)
Mr. Capellani was previously unknown to me. The author has made this formerly-obscure film director better known by gathering all available information about his life and work. This includes the history of his family and the companies where he worked. The book gives a great over-view of the film industry of that time. Mr. Capellani's talents seem to outshine those of many of his contemporaries. I found the book to be a great read and hope that more Capellani films will be re-discovered, restored, and made available. Since reading the book, I've discovered some of his entertaining short films on YouTube. I look forward to seeing more.

dimanche 13 décembre 2015

Souris d'hôtel 1929

Jean (Arthur Pusey) et Rita (Ica de Lenkeffy)
Un film d'Adelqui Millar avec Ica de Lenkeffy, Arthur Pusey, Elmire Vautier et Yvonneck

Rita (I. de Lenkeffy) est souris d'hôtel et tente de cambrioler de nuit la chambre de Jean Frémeaux (A. Pusey). Il la prend sur le fait, mais au lieu de la livrer à la police, décide de l'épouser...

Ce film Albatros avait été porté disparu de longues années avant qu'une copie incomplète soit retrouvée et restaurée en 2012. Bien qu'elle ait été tirée à partir d'un négatif original, la qualité de la copie est vraiment médiocre, avec beaucoup de grisaille et une image légèrement floue. Le réalisateur chilien Adelqui Millar qui fut acteur, réalise une adaptation d'une comédie de Marcel Gerbidon et Paul Armont qui se révèle bien ennuyeuse. Il sombre facilement dans le théâtre filmé avec de longs intertitre et surtout le film est totalement dépourvu de rythme. Comparé au Why be Good? (1929) avec Colleen Moore qui respire la joie de vivre et au rythme endiablé, on a l'impression de voir un mélo de boulevard compassé. Cette impression était renforcée par un accompagnement pianistique qui a accumulé les contre-sens: une musique sinistre de mélodrame au lieu du jazz endiablé et du charleston qui lui aurait donné vie. Les acteurs sont peu connus avec dans le rôle titre une hongroise, Ica de Lenkeffy, qui ressemble un peu à Laura La Plante mais sans son expressivité et sa joie de vivre. On peut sauver les beaux décors de Lazare Meerson, mais c'est à peu près tout. Un film très mineur dans le catalogue Albatros qui compte des comédies de bien meilleures qualité réalisées par René Clair (Un Chapeau de paille d'Italie) et Jacques Feyder (Les Nouveaux messieurs).

The Dream Lady 1918

Jerrold (P. McCullough), Rosamund (Carmel Myers) et John Squire (T. Holding)

Pourquoi pas?
Un film de Elsie Jane Wilson avec Carmel Myers, Thomas Holding, Philo McCullough et Kathleen Emerson

L'orpheline Rosamund (C. Myers) hérite de la fortune de son oncle à son décès. Elle décide qu'elle réalisera tous ses rêves les plus chers. Elle commence par acheter une cabane en bois et par devenir - par jeu - une diseuse de bonne aventure, histoire d'accomplir les voeux de ses clients...

Cette charmante comédie produite par Bluebird Photoplays a été réalisée l'actrice Elsie Jane Wilson qui était passée à la réalisation. L'actrice principale Carmel Myers, qui avait été découverte par D.W. Griffith, incarne avec un charme infini une jeune fille délurée et généreuse qui cherche à réaliser ses rêves en même tant que ceux des autres. C'est ainsi qu'elle recueille une petite orpheline ou qu'elle aide une jeune femme mécontente de son sexe à se travestir en garçon. La liberté de ton et  les surprises de l'intrigue sont pour beaucoup dans le charme de ce petit film. Comme pour Cendrillon, elle rencontrera son prince charmant sous la forme d'un voisin après s'être fourvoyée auprès d'un escroc. Un film qui illustre superbement la liberté de ton des films américains des années 1910 avant que les studios n'imposent une standardisation pernicieuse pour les réalisateurs. Lors de la projection à la Fondation Pathé, Nicolas Worms a proposé un excellent accompagnement au piano en citant avec à propos "Un jour mon prince viendra..."

Shoes 1916

Charlie (William Mong) et Eva (Mary MacLaren à droite)

Un film de Lois Weber avec Mary MacLaren, Harry Griffith, Mrs. Witting et William Mong

Eva (M. MacLaren) qui travaille comme vendeuse est le seul soutien financier de sa famille. Son père est chômeur. Ses chaussures sont en lambeaux et elle a désespérement besoin d'une nouvelle paire...

La cinéaste Lois Weber est renommée pour ses films sociaux tels que The Blot (1921) sur la vie difficile des enseignants, Where are my Children? (1916) sur l'avortement ou Social Hypocrites (1915) sur l'hypocrisie des bien-pensants. Dans Shoes, son sujet et plus modeste mais néanmoins poignant. Une jeune vendeuse sans le sou qui supporte toute seule sa famille est incapable de s'acheter une nouvelle paire de chaussures car ses maigres revenus sont avalés par ses parents et ses soeurs. Sa vie est une succession d'humiliations et de souffrances. Il n'y a qu'une seule issue dans ce cauchemar: accepter de coucher avec un chanteur de cabaret qui lui paira cette paire de chaussures qui lui sont absolument nécessaires. C'est ce qu'elle se résigne à faire après avoir souffert mille morts derrière son comptoir dans des chaussures percées et détrempées, debout toute la journée. Lois Weber ne cherche aucun élément comique pour atténuer l'atmosphère tragique de son film contrairement à certaines productions contemporaines de Mary Pickford. Le film suit pas à pas les longues journées d'Eva (jouée avec beaucoup de naturel par Mary MacLaren) derrière son comptoir ou partie déjeuner d'un sandwitch sur un banc avant de rentrer épuisée chez elle où son père se prélasse au lit en lisant des romans de gares. Le film se veut une dénonciation d'une société où des jeunes femmes doivent vendre leur corps pour s'acheter une simple paire de chaussures. Une grande réussite de Lois Weber.

lundi 7 décembre 2015

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (II)


Here is the first review of my Capellani biography on the Shepherd Express

"Silent Cinema Pioneer" by David Luhrssen
D.W. Griffith has gotten all the credit for developing the grammar and syntax of cinema, but recent years have seen research showing that other filmmakers around the world were working toward (and probably reaching) those same breakthroughs. According to Christine Leteux, one of the most important overlooked innovators was a Frenchman who directed many of his country’s early shorts, rose to a creative peak before World War I cut him short, worked in Hollywood after being discharged from the military for poor health and returned home to obscurity.Albert Capellani: Pioneer of the Silent Screen (University Press of Kentucky) is a short work on an important subject made possible by the increasing number of lost films from the early 20th century that have been rediscovered or reconstructed. The author of a previous book on silent director Maurice Tourneur, Leteux has examined Capellani’s surviving work and found that he directed France’s first full-length feature film and was in the vanguard for his use of split screens, 180 degree panoramas and intelligent mixes of studio and location shots. “In comparison, D.W. Griffith was just starting to shoot his first picture… which has none of the sophistication shown by Capellani” in his 1908 detective movie, L’Homme aux gants blancs.Capellani’s death in 1931 was scarcely noticed. Ill health had sidelined him for years and he advent of talking pictures swept away memories of his work. Movies were usually regarded as ephemeral during his lifetime, but from the vantage of today, they represent one of the great new art forms made possible by advances in technology. Leteux shows that Capellani brought an understanding of technical possibilities together with a respect for the art of storytelling.

dimanche 6 décembre 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VII)



Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur sur
Maurice Tourneur a été l’un des cinéastes les plus importants d’Hollywood, au tournant de 1920. Maurice Tourneur est aussi l’un des grands cinéastes français les plus méconnus aujourd’hui. Un double-constat qui méritait bien une biographie, que signe avec passion et érudition Christine Leteux, déjà traductrice de La Parade est passée (le bel hommage de Kevin Brownlow au cinéma muet) et créatrice d’un blog passionnant consacré au muet et au début du parlant (Ann Harding’s treasures).
La forme est classique : de l’enfance parisienne de Maurice Tourneur à ses dernières années, le récit est strictement chronologique, et tourne majoritairement autour de la filmographie du cinéaste. Mais à travers ce parcours hors du commun, c’est tout un pan de l’histoire du cinéma qui revit au fil des pages (plus de 500, qui se dévorent avec passion et gourmandise).
La jeunesse de Maurice à Paris où, apprenti peintre, il pose pour Puvis de Chavanne. Ses débuts sur scène où il se fait un nom comme metteur en scène. Son départ pour Hollywood en 1914, les critiques qui ont suivi en France où certains lui ont violemment reproché de s’enrichir pendant que ses compatriotes se font tuer au front. Ses années de gloire où il dirige Mary Pickford et devient l’un des cinéastes les plus admirés d’Hollywood. Son retour en France au début du parlant, son parcours chaotique, son implication au sein de la firme Continental durant l’Occupation où il réalisera l’un des grands classiques du fantastique français (La Main du Diable)…
C’est l’homme aussi qui se dessine : ses comportement discutés durant les deux guerres, les femmes de sa vie, les frustrations du cinéaste privé de caméra à son retour en France puis dans ses dernières années, ou encore ses rapports tendres avec son fils Jacques. Devenu lui-même un grand cinéaste à Hollywood, sa réussite ravivera les regrets de Maurice, qui gardera jusqu’à la fin la nostalgie de ses années américaines, celles de la flamboyance et de la liberté.
* Maurice Tourneur, réalisateur sans frontières, de Christine Leteux, est publié dans la collection La Muse Celluloïd de La Tour Verte.

vendredi 20 novembre 2015

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (I)

I am glad to announce the release of the American edition of my biography of Albert Capellani. It's available from University Press of Kentucky as a hardback or as an ebook. You can also purchase it from amazon.com. I translated the book myself, updated some informations and added some new rare stills.


In recent years, technology has given films of the silent era and their creators a second life as new processes have eased their restoration and distribution. Among the films benefitting from these developments are the works of director Albert Capellani (1874–1931), whose oeuvre was instrumental in the development of cinema in the early 1900s and whose contributions rival those of D. W. Griffith.

For the first time in English, Christine Leteux’s essential biography of Capellani offers a detailed assessment of the groundbreaking director. Capellani began his career in France at what was, at the time, the biggest film company in the world: Pathé. There, he directed the first multireel version of Les Miserables in 1912 as well as his masterpiece, Germinal (1913). After immigrating to the United States, Capellani worked at a number of production houses, including Metro Pictures Corporation, where he produced his two best-known films, The House of Mirth (1918) and The Red Lantern (1919). He was well known for making stage actors into movie stars, and Mistinguett, Stacia Napierkowska, and Alla Nazimova all rose to prominence under his direction.
The ups and downs of Capellani’s career paralleled the evolution of the film industry and demonstrated the fickle nature of success. His technical and aesthetic achievements, however, paved the way for future filmmakers. Featuring a foreword by Academy Award–winning film historian Kevin Brownlow, Leteux’s intimate biography paints a fascinating portrait of one of the leading pioneers of early cinema and provides a new window into the origins of the moving picture.Christine Leteux is the author of Albert Capellani: Cineaste du Romanesque. She has translated a number of works, including Kevin Brownlow’s The Parade’s Gone By, Napoleon: Abel Gance’s Classic Film, and How It Happened Here. 
Albert Capellani is a formidably well researched work that includes not only original documents but also some telling personal testimony. The book pieces together the details of Capellani's early life and, in providing an account of the subsequent film career, sifts through the available evidence with impressive discernment. Leteux offers a great insight into Capellani’s life and career, but also provides a fascinating account of the wider film milieu in which he operated in both France and America. -- Charles Drazin, author of The Faber Book of French Cinema


samedi 31 octobre 2015

Conférence Maurice Tourneur au Forum des Images

Article paru dans En Vue - Le magazine des bibliothèques de la ville de Paris, N°75, Nov.-Déc 2015.
Les réservations en ligne ouvrent le 27 novembre sur le site du Forum des Images.

mercredi 16 septembre 2015

Conférence Maurice Tourneur au Forum des Images le 10 décembre 2015

Le jeudi 10 décembre 2015 à 19h15, je présenterai une conférence sur 
Maurice Tourneur au Forum des Images. Prenez note sur vos tablettes d'ores et déjà, il y aura de nombreux extraits de films rares voire inédits.

dimanche 30 août 2015

The Fire Brigade 1927

Terry O'Neil (Charles Ray)
La Grande alarme
Un film de William Nigh avec Charles Ray, May McAvoy, Holmes E. Herbert, Erwin Connelly et Bert Woodruff

Dans la famille O'Neil, on est sapeur pompier de père en fils. Les deux fils aînés décèdent suite à un incendie et le cadet Terry (C. Ray) prend son poste dans la brigade. Il découvre que les bâtiments construits par Wainright (Erwin Connelly) ne respectent aucune norme et s'effondrent comme des chateaux de cartes en cas d'incendie...

Cette production MGM m'avait toujours intriguée après en avoir vu quelques extraits dans le documentaire Hollywood (1980) de D. Gill & K. Brownlow. Le réalisateur n'est pas un grand nom dans l'histoire du cinéma bien qu'il ait co-réalisé un excellent western en 1914 intitulé Salomy Jane. Si le film n'a toujours pas fait l'objet d'une restauration, c'est certainement parce qu'aucune grande star ne figure au générique. Charles Ray fut pourtant un nom important dans l'industrie du cinéma de l'époque. Il joue ici un pompier sans peur et sans reproches prêt, comme tous les autres membres de sa famille, à sacrifier sa vie pour sauver celle des autres. Le film semble être une célébration du courage de la corporation des pompiers. Cependant, il met aussi en cause des élites corrompues qui n'hésitent pas à construire des bâtiments au rabais en ignorant les normes de sécurité ou pire encore, en fabriquant du béton friable avec beaucoup de sable, moins cher que le ciment. C'est certainement un des aspects les plus intéressants du film, mais qui n'est malheureusement pas totalement exploité. Du point de vue des décors et des effets spéciaux, le film est une totale réussite avec, comme clou du spectacle, le gigantesque incendie d'un orphelinat avec des murs qui s'effondrent, une enfant perchée sur le toit et Charles Ray en pompier téméraire qui grimpe pour la sauver. Le suspense final est très efficace avec un montage très bien structuré. L'action secondaire du film repose sur l'histoire d'amour entre le jeune pompier (Charles Ray) et une jeune héritière (May McAvoy) dont le père (H.E. Herbert), un riche philantrope, se révèle être une crapule. Un excellent divertissement qui tient en haleine.

samedi 29 août 2015

Jazz Mad 1928

Prof. Hausmann (Jean Hersholt)
Un film de F. Harmon Weight avec Jean Hersholt, Marian Nixon et Roscoe Karns

Le professeur Hausmann (J. Hersholt) quitte la petite ville d'Allemagne où il vivait avec sa fille Eva (M. Nixon) pour l'Amérique où il espère pouvoir faire jouer sa symphonie. Une fois sur place, il ne parvient pas à intéresser un orchestre à sa musique. Désespéré, il accepte de participer à un numéro de music-hall où il doit se ridiculiser en chef d'orchestre...

Parmi la production Universal de Carl Laemmle des années 20, on trouve des petites perles comme ce film méconnu sur un musicien allemand qui ne parvient pas à percer dans le monde fermé de la musique symphonique américaine. Le titre ne correspond absolument pas au contenu du film, le titre original Symphony étant considéré comme pas assez vendeur. Malgré cette concession au commerce, le film se révèle être un mélodrame émouvant superbement interprété par Jean Hersholt. Cette acteur protéiforme pouvait tout aussi bien être un bandit ou un brave homme. Son professeur Hausmann est un compositeur qui va de déception en déception, incapable d'intéresser une seule institution musicale à son oeuvre pourtant remarquable. Il fait ce constat amer: "Chez moi en Allemagne, il n'y avait pas d'argent pour monter une symphonie. Ici, en Amérique, il y a de l'argent, mais personne ne s'intéresse à la musique." Contraint à donner des leçons de piano à des enfants, il doit aussi accepter que ce soit sa fille Eva qui subvienne à leurs besoins. Nous sommes bien loin de la célébration du modèle américain, le pays qui devrait donner sa chance à tous. Dans une scène poignante, le vieux professeur accepte de diriger un groupe de musiciens incompétants devant un public de night-club qui les mitraillent de légumes divers. Sombrant dans la dépression, il ne devra son salut qu'à la technique peu orthodoxe d'un agent de music-hall - joué par Roscoe Karns - qui va réussir à faire jouer son oeuvre en jetant littéralement la partition de la symphonie sur le bureau d'un chef d'orchestre avant de l'enfermer. Le clou du film est la scène finale tournée à l'Hollywood Bowl avec un véritable orchestre symphonique où Hersholt sort de sa dépression en reconnaissant son oeuvre. Il a enfin réalisé son rêve et son oeuvre est applaudie par les milliers de spectateurs. Une très belle composition de Jean Hersholt qui évoque l'Emil Jannings de The Way of All Flesh (1927).

One Week of Love 1922


La Prisonnière
Un film de George Archainbaud avec Elaine Hammerstein, Conway Tearle, Kate Lester et Hallam Cooley

La riche héritière Beth Wynn (E. Hammerstein) ne vit pour le plaisir et les sensations fortes. Aux commandes de son avion, elle s'écrase sur une maison isolée au Mexique. Capturée par deux Mexicains, elle est rachetée pour 5 dollars par Buck Fearnley (C. Tearle) qui l'emmène dans sa cabane au milieu des montagnes...

Lewis J. Selznick, le père de David O., fut un producteur important jusqu'en 1923, année où il fit faillite. Avec One Week of Love, il avait sur le papier tous les ingrédients pour un succès populaire: une riche héritière qui organise des soirées débridées, un crash d'avion, une histoire d'amour contrariée et pour finir une catastrophe ferroviaire spectaculaire. Bien que tous ces éléments disparates fleurent bon les clichés cousus de fil blanc, ce film spectaculaire à plus d'un titre se regarde avec plaisir et sans ennui. Le Français immigré George Archainbaud maintient le suspense et l'humour tout le long de ce récit rocambolesque et les acteurs semblent prendre un réel plaisir en interprétant des personnages très typés. Conway Tearle est ici à contre-emploi. Loin de ses rôles distingués, il est un renégat américain vivant caché au Mexique avec des manières de rustre. Il est le parfait contrepoint à Elaine Hammerstein en fille à papa capricieuse et entêtée. Ce sont bien entendu des clichés bien connus et sans suprise, pourtant on est tenu en haleine jusqu'à la dernière minute. Le récit est pimenté de scènes spectaculaires parfaitement réalisées et donnant le sentiment du réel. Ainsi l'avion de l'héroine s'encastre dans une maison en chutant au sol avec une cascade aérienne digne de Wings (1927). Le clou final est encore plus roboratif. On y voit un train lancé à pleine vitesse tomber d'un pont en treillis dans une rivière en crue. Les effets spéciaux sont remarquables et montrent que la production n'a pas mégoté sur les moyens. Ce film distille un de ces petits plaisirs coupables que l'on ressent devant un film qui empile les situations dramatiques, mais qu'on ne peut pas tout à fait prendre au sérieux. Passant de la comédie au western puis au film-catastrophe, One Week of Love est un patchwork réjouissant pour tout amateur de film muet.

Butterfly 1924

Sur le plateau de Butterfly, Kenneth Harlan, Laura La Plante, 
Norman Kerry, Ruth Clifford et Clarence Brown

La Papillonne
Un film de Clarence Brown avec Laura La Plante, Kenneth Harlan, Ruth Clifford et Norman Kerry

Hilary (R. Clifford) travaille comme secrétaire pour assurer l'avenir de sa soeur surnommée Butterfly (L. La Plante) qui étudie le violon. Mais, cette derière s'entiche de Craig (K. Harlan), le patron d'Hilary et l'épouse...

Craig (K. Harlan), Butterfly (L. La Plante)
et Kronski (N. Kerry)
Clarence Brown, qui a avait appris son métier de réalisateur auprès de Maurice Tourneur, était devenu lui-même un metteur en scène de renom en 1924 à la Universal où il enchaîna une suite de films remarquables: The Signal Tower (1924), Smouldering Fires (1924) et The Goose Woman (1925). Butterfly, tout comme Smouldering Fires, trace le portrait de deux soeurs que tout oppose. L'aînée Hilary est prête à tous les sacrifices pour assurer le bonheur de sa cadette alors que cette dernière est un petit monstre d'égoïsme et ne songe à qu'à s'amuser. Son surnom de Butterfly (papillon) n'est pas usurpé; son coeur passe d'un homme à un autre rapidement sans penser aux conséquences. Sur cette trame tirée d'un roman de Kathleen Norris somme toute assez banale, Brown réussit à nous tenir en haleine du début à la fin grace à une direction d'acteur remarquable et une mise en scène pleine d'originalité. Au lieu de se contenter d'un gros plan du visage de son (anti-)héroine, il nous montre les pieds de Laura La Plante ou sa nuque suggérant l'agacement ou l'excitation de Butterfly. Cette femme-enfant est à la fois exaspérante et innocente. Elle pense que tout lui est dû. C'est certainement la faute de sa soeur qui lui a servi de mère et qui lui a passé tous ses caprices. Cette dernière se met tout de même en travers du chemin de celle-ci lorsqu'elle s'apprête à lui prendre l'homme qu'elle aime. La scène finale qui suggère un retour à la normale, avec Butterfly enceinte dans les bras de son époux suscite cependant le doute. Elle ne paraît pas le moins du monde comblée, mais elle doit accepter l'inévitable. Aucun des acteurs n'était une star à la sortie du film, mais il permit à Laura La Plante de gagner ses galons de vedette et Brown fut applaudi pour son travail. Espérons qu'un jour les films Universal de Clarence Brown seront disponibles en DVD!

vendredi 28 août 2015

The Home Maker 1925

Eva (Alice Joyce) et Lester Knapp (Clive Brook)
Le Gardien du foyer
Un film de King Baggot avec Clive Brook, Alice Joyce et George Fawcett

Employé dans un grand magasin, Lester Knapp (C. Brook) attend depuis des années une éventuelle promotion qui lui permettrait d'améliorer la vie de sa femme Eva (A. Joyce) et de ses trois enfants. En fait de promotion, il est licencié. Desespéré, il songe à mettre fin à ses jours pour que sa famille puisse toucher son assurance-vie...

Le réalisateur King Baggot est surtout connu pour ses films d'action comme Tumbleweeds (1925). Pourtant, The Home Maker se révèle être un fascinant portrait d'une famille américaine dans sa vie de tous les jours. Prédatant de plusieurs années le chef d'oeuvre The Crowd (La Foule, 1928) de King Vidor, il nous montre sans fioritures la dureté de l'existence d'un couple d'Américains moyens qui luttent pour éléver leur famille. Pendant de Lester travaille sans entraint dans un bureau, Eva besogne du matin au soir, récurant, lavant, cuisinant et réprimandant son petit Stevie qui fait bêtise sur bêtise. Lester n'aime pas la compétition et la promotion tant attendue n'arrivera jamais. Eva de son côté est fatiguée par ses journées interminables qui lui minent le moral. Le film prend alors une tonalité nettement plus sombre lorsque Lester, désespéré, tente de mettre fin à ses jours en faisant croire à un accident. A bout de ressources, il ne voit aucune autre issue pour subvenir aux besoins de sa famille. En fait, il ne meurt pas de sa chute, mais il se retrouve paralysé. De ce malheur va finalement naître le bonheur. Comme son époux ne peut plus travailler, Eva prend le rôle de chef de famille et part travailler. Elle se révèle une employée pleine de ressources et est rapidement promue. De son côté, Lester s'épanouit à la maison en s'occupant de ses enfants. L'ensemble de la famille a trouvé son équilibre et même le petit Stevie devient un enfant sage. Cette inversion des rôles dans la société des années 1920 est particulièrement remarquable et inattendue. Evitant la mièvrerie et le paternalisme, King Baggot réussit à nous émouvoir avec cette histoire simple magistralement interprétée par Alice Joyce, qui sortait de son rôle habituel de femme de la haute société, et par le Britannique Clive Brook qui joue son rôle de père au foyer avec subtilité et humour. Voici un excellent film qui mériterait d'être mieux connu.

mardi 18 août 2015

Why be Good? 1929


Un film de William A. Seiter avec Colleen Moore, Neil Hamilton et Edward Martindel

La jolie et vive Pert Kelly (C. Moore) est vendeuse dans un grand magasin. Le soir, elle fréquente assidument les dancings où elle gagne des compétitions de Charleston endiablées. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Winthrop Peabody Jr. (N. Hamilton) et flirte longuement avec lui. Elle ignore qu'il est le fils de son patron...

Ce film présumé perdu depuis des décennies a été retrouvé et restauré en 2014. Il est sorti en DVD la même année chez Warner Archive. Cette sortie ultra-rapide pour un film muet était, il est vrai, facilitée par la redécouverte simultanée de la bande-son Vitaphone avec laquelle le film était sorti en 1929, à l'orée du parlant. Il s'agit bien d'une oeuvre muette, mais accompagnée d'une partition musicale qui mêle le jazz, le charleston et les chansons des années 1920. On est replongé immédiatement dans l'époque des "flappers", ces jeunes filles coiffées à la garçonne qui entendent mener une vie libre, cependant dans les limites de la bienséance bourgeoise. On a oublié aujourd'hui que Colleen Moore fut la première et la plus célèbre flapper des années 1920 grâce à son rôle dans Flaming Youth (1922) de J.F. Dillon, un film qui n'existe plus qu'à l'état de fragments. L'actrice avait totalement changé de look en coupant ses anglaises pour une coupe au carré inspirée par sa poupée japonaise. Avec son corps gracile et son allure androgyne, la petite Colleen Moore impose un nouveau style de femme qui n'hésite pas à flirter et qui danse jusqu'à trois heures du matin un charleston endiablé. Elle se veut libérée bien qu'en fait, elle n'aille jamais jusqu'à bout de ses pulsions. Elle évite habilement de boire pour savoir contrer des hommes trop entreprenants. Son image de 'bad girl' n'est en fait qu'une façade où elle cache une vie finalement très rangée chez ses parents. Mais, elle estime nécessaire que faire croire qu'elle est une fille légère dans le milieu où elle travaille en tant que vendeuse. L'intrigue n'est pas très originale car de nombreuses autres stars des années 20 ont également interprété une petite vendeuse qui tombe amoureuse de son patron, ou de son fils comme Mary Pickford dans My Best Girl (1927) ou Clara Bow dans It (1927). Ce qui différencie Why be Good de ces autres films, c'est la performance pleine d'entrain et de charme de Colleen Moore qui réussit à nous captiver par son humour pétillant. William A. Seiter est un bon artisan qui sait très bien maintenir le rythme de cette comédie très réussie. Un vrai bonheur de redécouvrir Colleen Moore dans ce très joli film!

dimanche 16 août 2015

A tolonc 1914

L'indésirable
Un film de Mihály Kertész (Michael Curtiz) avec Lili Berky, Várkonyi Mihály et Mari Jászai

A la mort de son présumé père, Liszka (L. Berky) apprend qu'elle n'est pas sa fille. Elle quitte son village pour devenir servante chez une veuve. Elle tombe amoureuse de son fils Miklós (V. Mihály). Puis, elle est accusée de vol...

Mihály Kertész (alias Michael Curtiz) en 1914
Il y a fort à parier que ce film muet hongrois n'aurait jamais fait l'objet d'une restauration si le réalisateur n'avait pas fait ensuite carrière aux Etats-Unis sous le nom de Michael Curtiz. Adapté d'une pièce hongroise, cette production fait appel aux talents des acteurs du Théâtre National de Kolozsvár (de nos jours, Cluj en Roumanie). Le résultat est du théâtre filmé sans grand relief, à part quelques incursions bienvenues dans les paysages de Transylvannie. La filmographie muette de Kertész est fort peu enthousiasmante en comparaison de la grande période Warner des années 30 de Curtiz. Le cinéma de minuit nous avait présenté il y a quelques années un beau navet intitulé Das Spielzeug von Paris (1925) de sa période autrichienne avec la minaudante Lili Damita, son épouse d'alors. A tolonc est un peu plus intéressant en ce qu'il nous montre des Hongrois avec leurs us et coutumes. On peut remarquer aussi parmi les acteurs hongrois oubliés de ce petit film, le bellâtre Várkonyi Mihály qui fit plus tard carrière à Hollywood sous le nom de Victor Varconi. On peut le voir en particulier dans The Volga Boatman (1926) de Cecil B. DeMille. Pour ce qui est des metteurs en scènes hongrois  du muet, je me souviens avoir vu une bande bien plus intéressante signée Alexander Korda intitulée Eine versunken Welt (1922) avec Maria Corda et de nouveau Victor Varconi. 

mercredi 5 août 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VI)


Une excellente critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans 
le numéro de Télérama du 5 août 2015:

lundi 3 août 2015

Maurice Tourneur in Sight & Sound


I'm very proud to mention my first article in the September 2015 issue of the prestigious magazine Sight & Sound. It focuses on the premiere of Maurice Tourneur's Alias Jimmy Valentine (1915). My biography of Maurice Tourneur is available from La Tour Verte.

mercredi 8 juillet 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (V)



Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans le mensuel 
Positif N°653-654 de juillet-août 2015:

Je tiens à préciser que je connais très bien le livre de Harry Waldman (et non Waltman) et qu'il ne contient que fort peu d'informations biographiques étant essentiellement une filmographie commentée. Je ne l'ai pas utilisé car il ne contenait - en outre - aucune référence à des sources primaires.

mardi 30 juin 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (IV)

Une nouvelle excellente critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans le journal Bilan de Genève le 23 juin dernier:
A la redécouverte du cinéaste Maurice Tourneur 
Le nom reste vaguement connu. Le prénom ne dira rien à la plupart des gens, même s'ils aiment le cinéma. Maurice Tourneur (1879-1961) est bien le père de Jacques Tourneur, célèbre en son temps pour des films d'horreur comme «Cat People» (1942) ou «I Walked With a Zombie» (1943).   
Né près de vingt ans avant l'invention du 7e Art, ancien décorateur, ex-homme de théâtre, Maurice Tourneur a pourtant fait partie des réalisateurs les plus innovants des années 1910. Christine Leteux lui consacre aujourd'hui un énorme livre, basé tant sur des dépouillements d'archives inédites que sur le visionnement des films survivants. Le cinéma muet tient du continent perdu. Tout s'est conservé, ou détruit, par hasard. Comment s'y retrouver au milieu d'autant de lacunes? 

De Paris à Hollywood

Tourneur a bien sûr commencé sa carrière à Paris. Vers 1910, la France dominait encore l'industrie cinématographique mondiale. Il a ainsi été amené à tourner aux Etats-Unis. Dans une filiale. A la déclaration de guerre, cet objecteur de conscience n'est pas revenu, ce qui lui vaudra de gros ennuis plus tard. Il participera ainsi à l'édification des trusts américains, qui émigreront vite de New York à la Californie. 
Tourneur a énormément produit entre 1914 et 1920, Pour Christine Leteux comme pour d'autres, il reste un des créateurs du récit cinématographique, alors basé sur la seule image, avec David Wark griffith et Cecil B. DeMille. En 1926, le Français quitte cependant les Etats-Unis. Un producteur exécutif, tranchant de tout, lui est désormais imposé, comme à ses collègues. Une ingérence qu'il juge incompatible avec son art. 

Une seconde carrière française

Si la période muette, remise à l'honneur il y a un siècle par les «Giornate» de Pordenone, reste connue des seuls rats de cinémathèque (1), l'époque française est revisitée grâce aux efforts (eux aussi lointains) de Patrick Brion pour France3. Il s'agit d'un moment très inégal, avec beaucoup de commandes. Elle se termine en 1948, après d'excellentes choses pendant la guerre pour la Continental, qui avait le défaut d'être allemande (2). Oublié, bientôt infirme, Tourneur sombre alors dans la misère. Il est aidé financièrement par Clarence Brown, son ancien assistant, devenu réalisateur vedette à la MGM. 
L'ouvrage se révèle extrêmement bien fait. Il se lit avec plaisir. On admire la pugnacité de l'auteur et le courage de l'éditeur. Comment vendre Tourneur en 2015, alors que ses longs-métrages les plus accomplis ont aujourd'hui près de 100 ans et que le petit monde des cinéphiles se meurt?  

(1) Des rats mal rassasiés. La Cinémathèque française programme peu de muets et celle de Bruxelles utilise la salle qui leur était vouée pour d'autre projections.

(2) Son parlant le plus connu reste «La main du diable» (1942). 

Pratique


Etienne Dumont

samedi 13 juin 2015

Die Pest in Florenz 1919


La Peste à Florence
Un film d'Otto Rippert avec Marga Kierska, Anders Wikmann, Theodor Becker, Otto Manstaedt et Juliette Brandt

Au XVe siècle, la ville de Florence est dirigée d'une main de fer par le conseil des Anciens présidé par Cesare (O. Manstaedt). L'arrivée d'un courtisane vénitienne Julia (M. Kierska) provoque l'émoi parmi les Anciens. Cependant, Cesare s'éprend follement de la jeune femme de même que son fils Lorenzo (A. Wikmann)...

Otto Rippert est un cinéaste allemand oublié que l'on ne cite que pour un titre de sa filmographie le sérial Homunculus (1916). Die Pest in Florenz montre pourtant l'immense talent de ce réalisateur par ses qualités esthétiques, de direction d'acteur et de narration. Certains auraient tendance à ne parler que du scénariste du film, Fritz Lang, pourtant ce film est bien supérieur à certains Lang de la même période comme Harakiri (1919). Bien qu'il s'agisse d'une production aux moyens importants - avec d'immenses décors reconstituant le centre de Florence et des centaines de figurants - le metteur en scène ne perd pas de vue l'intime dans sa direction d'acteurs. Evitant, les effets exagérés de l'expressionnisme, Marga Kierska réussit à donner à son personnage de courtisane un mélange de sensualité et d'humanité bienvenues. Dans une Florence puritaine et pieuse, elle va enflammer les sens de tous en particulier du vieux Cesare, qui se révèle un bel hypocrite, de son fils Lorenzo qui va tuer son père pour la belle, et finalement, dans une transgression ultime, l'hermite Medardus jette sa robe de bure aux orties pour une vie de débauche avec Julia. Si le scénario s'inspire d'Edgar Allan Poe (Le Masque de la mort rouge), il semble aussi que Lang ait puisé dans Thaïs pour la relation Medardus-Julia et dans Le Festin de Balthazar avec l'inscription sur le mur. Malgré ces éléments épars, le film conserve une vraie cohésion dramatique grâce à la mise en scène de Rippert qui réussit à préserver le fil conducteur dramatique. Mêlant avec bonheur extérieurs dans le sud de l'Allemagne et reconstitution de Florence, l'oeuvre nous propulse dans l'univers de la Renaissance italienne sans faillir. Le final tragique avec l'arrivée de la peste sous les traits d'une femme est également une grande réussite. Un superbe film qui mérite d'être redécouvert.

dimanche 31 mai 2015

Bandits en automobile 1912

Les bandits en fuite tirent sur la police

Un film de Victorin-Hippolyte Jasset avec Henri Gouget, Josette Andriot et Camille Bardou

L'épopée criminelle du bandit Bruno, et de son gang, et son arrestation par la police.

L'arrestation de Bruno (sous le matelas) dans le garage en feu
Au printemps 1912, les méfaits de la bande à Bonnot tiennent en haleine toute la France. Avant même l'arrestation et la mort de Jules Bonnot, la société Eclair décide de faire un film sur l'épopée criminelle du gang. Le film a donc été réalisé en deux parties distinctes. La première intitulée L'auto grise montre la série de crimes et de braquages commis par Bonnot, et la seconde, Hors-la-loi, se concentre sur le siège du gang à Choisy-le-Roi le 28 avril 1912. Nous sommes donc face à une sorte de docu-fiction où les noms des protagonistes sont discrètement modifiés de Bonnot à Bruno, ce qui ne devait tromper personne. Comme la plupart des films Eclair que j'ai pu voir, le style de la maison est plus rapide et nerveux que celui des firmes concurrentes. La copie n'est pas tout à fait complète, mais les manques ne sont par rédhibitoires pour la compréhension. La première partie contient une action bondissante avec de fréquentes poursuites en voiture. La seconde est une recréation extrêmement fidèle du siège de Choisy-le-Roi tel qu'on peut le voir dans une bande d'actualités Gaumont de 1912. La police ne montrait pas du tout le professionnalisme que l'on connaît de nos jours. Il y avait un niveau d'improvisation assez affolant. Ainsi, on a utilisé une charette de foin pour s'approcher du garage où était retranché Bonnot pour faire exploser le mur à la dynamite. Il a fallu s'y reprendre à trois fois ! Il est étonnant de constater que le film de Jasset tent à héroïser le bandit qui fait face seul à la charge de la police. Golbalement, ce film montre le très grand talent de Jasset, qui avait été chef de figuration à la firme Gaumont, qui sait parfaitement construire son intrigue, choisir ses angles de prise de vue et impeccablement faire monter le suspense. La Cinémathèque royale de Belgique qui a retrouvé le film l'a mis en ligne sur YouTube.

The Exploits of Elaine 1914


Les Mystères de New York
Episode 1: The Clutching Hand (La Main qui étreint)

Un sérial de Leopold Wharton (George B. Seitz et Louis J. Gasnier) avec Pearl White, Arnold Daly et Sheldon Lewis

Un mystérieux assassin masqué surnommé "La main qui étreint" assassine le président d'une société d'assurances sur le point de l'identifier en l'électrocutant par l'intermédiaire d'une bouche d'aération. Le détective Craig Kennedy (Arnold Daly) est appelé à la rescousse...

Ce sérial produit par Pathé-Exchange, la filiale américaine de Pathé, faisait suite à l'énorme succès de The Perils of Pauline (1914) produit par la firme avec Pearl White en héroïne acrobate et téméraire. The Exploits of Elaine connut un immense succès dès sa sortie en décembre 1914. Malheureusement, comme c'est le cas pour d'autres sérials américains de même époque, il ne nous est parvenu qu'incomplètement et souvent dans des copies contretypées hideuses. Hier la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé a présenté une copie française en 16 mm un peu floue et sans contraste issue de la collection de Roland Lacourbe du premier épisode. Il est donc difficile dans ces circonstances d'apprécier totalement ce sérial et de comprendre ce qui impressionna tant les spectateurs de 1914-1915 lorsqu'ils découvrirent les 14 épisodes. On peut penser que le public apprécia exploits du criminel masqué qui a réussi non seulement à éliminer un ennemi à distance en l'électrocutant, mais aussi à placer les empreintes d'un détective sur une pièce à conviction avant que celui-ci ne soit appelé. Cela suffit certainement à créer le suspense et l'appétit des spectateurs dans ces deux bobines où les événements se succèdent rapidement. Pearl White est ici une simple comparse dans le rôle de la fille de la victime et il n'y a pas à douter qu'elle doit se déchaîner dans les épisodes suivants. Trois réalisateurs se sont succédés pour la réalisation de ce sérial. Le premier épisode a été réalisé par Leopold Wharton. A l'époque de la sortie du film, l'histoire était publiée simultanément dans la presse contrôlée par W.R. Hearst ce qui devait assurer une publicité sans égale pour le sérial. Espérons qu'un jour une belle restauration des épisodes qui ont survécus permettra d'apprécier ce sérial dans de meilleures conditions. 

Le Secret d'Alta Rocca 1920 (II)

La mystérieuse Mme Azmy (Lise Jaffry)

Un film d'André Liabel en 12 épisodes avec Louis Monfils, Henri Bosc, 
Jacqueline Arly, Jacques Volnys et Gina Manès
Episodes 7 à 12

Le romancier-détective Octave Bernac (Jean Dulac) a réussi à innocenter Jean Caudry (H. Bosc) et à confondre Valetti (J. Volnys). Cependant, les mystérieux occupants de la Villa Alta Rocca continuent à sévir...

Le scénariste Valentin Mandelstamm
Ces six derniers épisodes se sont clos sur une interrogation. Le fameux secret d'Alta Rocca en est resté un après l'apparition du mot fin à l'écran. Il semble évident qu'il manque certaines séquences du film qui auraient éclairé notre lanterne. Certes, on a compris que les occupants de la villa finançaient leurs recherches scientifiques en volant le bien mal acquis de profiteurs de guerre. Utilisant les méthodes de Robin des Bois, ils prennent aux riches pour aider leur cause qui reste obscure. On a compris que Mme Azmy est une princesse balkanique en exil et qu'elle dirige un groupe d'hommes déterminés de nationalités différentes (dont des russes) pour obtenir de l'argent coûte que coûte. Mais, que cherche-t-elle? A reprendre le contrôle de sa principauté balkanique ? A punir des profiteurs de guerre ? Quelles sont ces mystérieuses recherches scientifiques qui semblent impliquer des éclairages sous-marins ? Tout cela n'est aucunement résolu dans ce qui reste du film. Et c'est bien dommage, car l'intrigue annexe amoureuse a été résolue rapidement. Il faut noter que la police est constamment tenue à l'écart par le détective amateur Octave Bernac. Bien qu'il soit l'ami d'un policier - par ailleurs pas très futé - il ne le tient pas forcément au courant de ses investigations et préfère arranger les choses en dehors de la loi. C'est ainsi qu'il sait que Mme Azmy pratique le chantage et le vol. Mais, comme il considère que c'est pour une bonne cause, il laisse faire. Au total, malgré des éléments intéressants en prise avec la période de l'après-guerre, le feuilleton se révèle inégal et bien moins prenant que les grands sérials de Feuillade. On peut néanmoins louer la belle cinématographie de Marcel Eywinger et la qualité des extérieurs. 

mercredi 27 mai 2015

Le Secret d'Alta Rocca 1920 (I)

Jean Caudry (Henri Bosc)
Un film d'André Liabel en 12 épisodes avec Louis Monfils, Henri Bosc, Jacqueline Arly, Jacques Volnys et Gina Manès
Episodes 1 à 6

Dans la mystérieuse villa Alta Rocca au bord de la Méditerranée, M. et Mme Azmy (Louis Monfils et Lise Jaffry) organisent des escroqueries et des chantages. Une de leurs victimes est le banquier Romero (M. Javerzac) qui a réalisé des trafics louches en Amérique du Sud durant la guerre...

Viola Santi (Gina Manès)
En 1919, René Navarre, l'illustre interprète de Fantômas, crée une société de production à Nice nommée les Cinéromans. Il utilise les studios de la Victorine (alors appelés Ciné-studios) qui sont les mieux équipés de France à l'époque. Ils profitent aussi du climat clément de la Côte d'azur qui leur permet des tournages en extérieurs. Pour ce Cinéroman en 12 épisodes, le scénario est signé Valentin Mandelstamm qui est l'auteur de plusieurs romans. Il a concu une intrigue criminelle à rebondissements qui est cependant moins échevelée que celles d'Arthur Bernède, le collaborateur de Louis Feuillade. Plusieurs intrigues se nouent dans des milieux différents. D'un côté, il y a les agissements louches des Azmy qui dissimulent leur identité et de l'autre la vie apparemment sans histoires d'un riche industriel, M . Sourbier, et de sa fille. Or, ce dernier a un homme de confiance, Vitelli (Jacques Volnys) qui est en fait une sombre canaille qui essaie de marier son neveu désargenté avec Catherine (J. Arly) la fille de Sourbier. Pour arriver à ses fins, il n'hésite pas à faire emprisonner le fiancé secret (Henri Bosc) de celle-ci en fabriquant des preuves. Le film est extrêmement riche en séquences tournées en décors naturels et nous permet de découvrir Nice, ses vieux quartiers, ses rues pentues avec leurs trams ainsi que Grasse et Cannes. Malheureusement, André Liabel n'est pas un grand réalisateur et il filme sans grand relief cette intrigue criminelle. Les acteurs sont peu connus à part Henri Bosc (qui faisait du cinéma depuis les années 1910 comme dans La Dame de Monsoreau) et la jeune Gina Manès en amoureuse éconduite. Malgré tout, la sauce prend car le scénario nous transporte dans le microcosme de cette côte d'azur de l'après-guerre où se croisent des russes émigrés, des sud-américains et les industries locales, comme la parfumerie de Grasse. A bientôt pour la suite!

Zur Chronik von Grieshuus 1925

Le vieux seigneur de Grieshuss (A. Kraußneck) se meurt près de
ses fils Hinrich (P. Hartmann) et Detlev (R. Forster)
La Chronique de Grieshuus 
Un film d'Arthur von Gerlach avec Lil Dagover, Paul Hartmann, Rudolf Forster, Arthur Kraußneck et Gertrud Arnold

Au XVIIe siècle, le seigneur de Grieshuus (A. Kraußneck) souhaite faire de son fils Hinrich (P. Hartmann) son unique héritier. Mais, ce dernier tombe amoureux de Bärbe (L. Dagover) la fille d'un serf. Son père décide de le déshériter...

Bärbe (Lil Dagover)
Cette magnifique production de la UFA est une oeuvre d'atmosphère pratiquement tournée entièrement en studios. Le producteur Carl Laemmle n'a pas lésiné sur les moyens avec la construction d'un village et d'un château avec étang et landes désolées. Evoquant les gravures de Dürer, la composition des plans est de toute beauté avec des effets de clair-obscur ou des brumes évocatrices. Le scénario de Thea von Harbou est une adaptation d'un nouvelle de Theodor Storm qui nous plonge dans l'univers poétique d'un XVIIe siècle de conte de fées. Les situations ne sont pas nécessairement originales, mais c'est leur mise en image qui fait le pris de ce magnifique film. On retrouve l'opposition entre un père noble et son fils qui à ses yeux le déshonore en épousant une serve. Puis, le conflit se déplace après la mort du père entre les deux fils qui tous deux convoitent la Seigneurie. Au milieu de ce conflit, il y a la belle Bärbe que joue Lil Dagover avec son talent habituel. Elle sera une des victimes expiatoires de la violence entre les frères. Pour un tel film, la musique est essentielle pour porter l'atmosphère lyrique et poétique du propos. J'avais eu la chance de voir ce film en 2012 à la Cinémathèque française avec l'accompagnement génial du pianiste Stephen Horne. Arte nous l'a présenté avec une reconstruction de la partition originale du compositeur Gottfried Huppertz qui a également composé des partitions pour plusieurs grands films de Fritz Lang. Le résultat est un véritable plaisir pour l'oreille après plusieurs partitions modernes affligeantes présentées récemment. Huppertz donne au film exactement le lyrisme et les couleurs chromatiques post-romantiques qui lui conviennent. C'est l'une des plus belles partitions reconstituées que j'ai entendue avec celle d'Eduard Künneke pour Das Weib des Pharao (1922, E. Lubitsch) et celle d'Henri Rabaud pour Le Joueur d'échecs (1927, R. Bernard). Une superbe restauration à tous les points de vue.

lundi 25 mai 2015

Am Rande der Welt 1927

Le Lieutenant (Jean Bradin) et Magda (Brigitte Helm)
Au bout du monde
Un film de Karl Grune avec Albert Steinrück, Brigitte Helm, Wilhelm Dieterle et Max Schreck

Dans un moulin proche d'une frontière, un meunier (A. Steinrück) engage un étranger (Erwin Faber). Il s'installe avec la famille du meunier et tombe amoureux de sa fille Magda (B. Helm). C'est en fait un espion. La guerre éclate peu après...

Le fils du meunier face aux soldats ennemis
Ce passionnant film pacifiste de Karl Grune est fort peu connu, mais heureusement, une récente restauration est maintenant disponible sur  le site European Film Gateway. La distribution est impressionnante avec plusieurs grands noms du cinéma allemand: Brigitte Helm, Wilhelm Dieterle et Max Schreck. Grune nous raconte une histoire se déroulant dans un pays imaginaire où un meunier et sa famille se retrouve au centre d'un violent conflit à cause de leur position géographique proche d'une frontière. Un espion s'est infiltré à leur insu et leur moulin va devenir un point stratégique dans les plans de bataille des deux côtés. D'ailleurs, il ne semble pas qu'il existe réellement une armée "amie" pour les malheureux civils. Le moulin est investi par une colonne armée et le fils du meunier est emmené manu militari. Son sort repose entre les mains d'un capitaine brutal et cruel qui s'intéresse de près à sa soeur, la jolie Magda (Brigitte Helm en délicieuse ingénue). Il la met face à un dilemme épouvantable: accepeter de se donner à lui ou son frère mourra. Pourtant, parmi cette armée d'occupation, il y a un jeune lieutenant (Jean Bradin) qui va faire tout pour sauver le frère de Magda, par amour pour elle. Le film se termine par un sommet de violence avec l'incendie du moulin et l'exécution sommaire de l'espion. Bien que le film se déroule dans une contrée imaginaire, on ne peut s'empêcher de penser à la Grande Guerre en voyant les soldats dans des tranchées inondées avec un masque à gaz. D'ailleurs, la UFA voulut couper et remonter le film ce qui provoqua l'ire du réalisateur Karl Grune. C'est Brigitte Helm qui retient particulièrement notre attention en jeune ingénue, très éloignée de son rôle habituel de vamp. Wilhelm Dieterle joue le fils aîné du meunier avec talent; quant à Max Schreck, le terrifiant Nosferatu de Murnau, il est ici un colporteur inquiétant  à la tête d'un réseau d'espions. Une très jolie surprise qu'on aimerait bien voir sur Arte avec une belle partition.

mardi 5 mai 2015

Maurice Tourneur en vidéo

J'ai été interviewée à propos de ma biographie de Maurice Tourneur pour 
RLHD.TV. Vous pouvez visionner l'entretien ici.

samedi 25 avril 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (III)

Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur parue
 le 23 avril 2015 dans le N° 2633 de L'Obs:

Je voudrais quand même corriger une erreur dans cette chronique qui apparaît aussi sur IMDb. Maurice Tourneur n'a jamais joué avec Max Linder dans Max boxeur par amour (1912). Par contre, on peut le voir boxer - pour rire - avec Max Linder pour une bande d'actualités cinématographiques américaine de 1920 à l'époque où Max tournait Seven Years Bad Luck dans le studio de Maurice.

mercredi 22 avril 2015

Suzanne 1916

Michael (J. Signoret), Suzanne (S. Grandais) et le Père Bonheur

Un film de Louis Mercanton et René Hervil avec Suzanne Grandais, Jean Signoret, Marie-Louise Derval et Georges Tréville

Suzanne (S. Grandais) tombe amoureuse de Michael de Sylvanie (J. Signoret). Mais, il est promis à la Princesse Sonia (M.-L. Derval). Après son départ, Suzanne enceinte est jetée à la rue par son père. Elle trouve refuge auprès d'un vieux berger, le père Bonheur...

Cette production Eclipse est un véhicule pour mettre en valeur Suzanne Grandais qui était alors une des plus grandes stars du cinéma français. Ayant quitté la Gaumont, elle n'a plus Léonce Perret pour la diriger et doit se contenter du tandem Mercanton-Hervil qui sont également les réalisateurs attitrés de la grande Sarah Bernhardt. Ils ne sont malheureusement pas du tout au même niveau que le grand Léonce. Cependant, ce mélodrame larmoyant, qui ne recule devant aucun cliché, résiste au temps grâce à sa délicieuse interprète qui est la fraîcheur et le naturel même. Suzanne illumine l'écran de sa personnalité et nous permet d'avaler ce mélo sans sourciller. L'intrigue est pleine de déjà-vu dans la carrière-même de l'actrice: elle est séduite et abandonnée par son amant, puis fille-mère jetée à la rue, avant de retrouver son prince après avoir perdu la raison. Tout cela se termine par un suicide aquatique dans la grande tradition d'Ophélie comme elle le faisait déjà dans Le Coeur et l'argent (1912, L. Perret). Avec un tel sujet, Perret aurait certainement réussi à nous tirer quelques larmes alors que Mercanton et Hervil se contentent de filmer tout cela fort platement. Heureusement, le film a été tourné sur la Côte d'Azur près d'Antibes, ce qui nous vaut de beaux paysages maritimes. Cependant, les cadrages et les prises de vue manquent d'originalité. On est cependant très content de pouvoir regarder ce petit film grâce à l'European Film Gateway qui offre une copie néerlandaise teintée de belle qualité.

samedi 18 avril 2015

Vent debout 1923

Marie Richard (M. Renaud) et Jacques Averil (L.  Mathot)
Un film de René Leprince avec Léon Mathot, Madeleine Renaud, Robert Tourneur, Maurice Touzé et Camille Bert

Suite à la faillite et au suicide de son père, Jacques Averil (Léon Mathot) abandonne sa fortune aux créanciers de son père. Il retourne à Paimpol où il s'engage comme simple matelot sur un chalutier...

Il est difficile d'imaginer le statut de Léon Mathot au sein du cinéma français en 1923. Il est le favori du public français et il touche alors 60.000 francs par an de Pathé-Consortium ce qui constitue un salaire extrêmement élevé pour l'industrie française. Il faut dire qu'il a tourné précedemment d'excellents films pour Film d'Art sous la direction d'Henri Pouctal et d'Abel Gance, en particulier Le Comte de Monte-Cristo (1918) et Travail (1919). Vent Debout lui offre un rôle passionnant, celui d'un homme qui a perdu toutes ses illusions et qui tente de refaire sa vie en tant que marin. L'héritier oisif qui aimait la mer va devenir un dur à cuire et va s'imposer à bord d'un chalutier dominé par une brute. Il se prend d'amitié pour un petit mousse qui lui témoigne de l'affection. Las, ce nouvel environnement qui lui offrait un nouvel espoir de vie se fracasse avec la mort accidentelle du gamin. Le retour à Paris après ce drame ne semble guère engageant, car à part une bordée très arrosée, il n'a pas de perspective. C'est sa rencontre avec la douce Marie, interprétée avec énormément de talent par une toute jeune Madeleine Renaud de 22 ans, qui va en décider autrement. Soudain, l'espoir renaît avec la possible découverte d'un filon de malachite en Islande. Ce nouvel espoir sera également sans lendemain, mais Marie revient vers lui prête à partager sa vie. Leprince a à sa disposition une excellente histoire qu'il filme à Paimpol et à Paris. Mathot donne à son personnage toute la gamme de sentiments voulue avec une grande sensibilité. Du matelot costaud qui se mutine au jeune homme timide qui ne sait pas comment aborder le jolie Madeleine Renaud qu'il vient de rencontrer. La copie qui nous est parvenue est teintée et de belle qualité à part quelques séquences en cours de décomposition. Une autre curiosité du film est la présence de l'acteur Robert Tourneur, le frère cadet de Maurice Tourneur qui fit carrière au théâtre et au cinéma. Il est le portrait craché de son frère aîné. Un très bon film de René Leprince qui a été accompagné magnifiquement par Emmanuel Birnbaum à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.