dimanche 17 septembre 2017

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (I)

Mon ouvrage Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand, avec une préface de Bertrand Tavernier, sortira dans la première quinzaine d'octobre chez La Tour Verte au prix de 23 euros.

dimanche 2 juillet 2017

Justin de Marseille au Cinéma St André des Arts le 10 juillet et le 7 août 2017

Maurice Tourneur en 1934 sur le tournage de Justin de Marseille
30 rue St André des Arts, 75006 Paris (M° St Michel ou Odéon)
lundi 10 juillet 2017 à 19h45
et lundi 7 août 2017 à 19H45

pour une projection de Justin de Marseille (1935) de Maurice Tourneur
qui sera suivie d'un débat.

jeudi 1 juin 2017

Fanchon The Cricket 1915

Fanchon le criquet

Un film de James Kirkwood avec Mary Pickford, Lottie Pickford, Jack Standing et Jack Pickford

Fanchon (M. Pickford) vit dans les bois avec sa grand-mère. La sauvageonne voudrait bien être acceptée par les jeunes du village. Mais, sa grand-mère est considérée comme une sorcière...

Cette adaptation de La Petite Fadette de George Sand donne à Mary Pickford un rôle de sauvageonne qu'elle affectionnait particulièrement. Si James Kirkwood n'est pas un grand réalisateur, il a avec lui un excellent opérateur en la personne d'Ed Wynard. Le film a été tourné pratiquement entièrement en extérieurs à Water Gap (Delaware) et permet à cet opérateur des prises de vue absolument magnifiques de sous-bois, lacs et rivières comme cette étonnante scène finale où Mary émerge d'un champ de seigle secoué par le vent. Le film repose entièrement sur les épaules de Mary qui fanfaronne, se bat avec des garçons et des filles et se jette à l'eau pour sauver son ami Landry. Avec un enthousiasme communicatif, elle construit un personnage particulièrement attachant qui ne supporte plus d'être isolée loin des autres. Le film permet aussi de voir ensemble Mary avec son frère Jack - qui fera une belle carrière d'acteur - et sa soeur Lottie, qui restera dans l'ombre. Mary se bat avec eux avec une belle frénésie. Il y a une jolie anecdote sur le tournage de ce film. Fred et Adèle Astaire séjournait dans le même hôtel à Water Gap que l'équipe du film. Ils purent ainsi assister au tournage de certaines séquences et cela suscita chez Fred le désir de faire un jour du cinéma. Fanchon the Cricket a été restauré en 4K par la Cinémathèque française et la Mary Pickford Foundation. La CF a projeté hier une version française de ce film. Il existe également une version anglaise conservée par la Fondation MP.

samedi 6 mai 2017

The Real Adventure 1922

Florence et King Vidor sur le plateau de The Real Adventure
Emancipée
Un film de King Vidor avec Florence Vidor, Clyde Fillmore et Philip Ryder

Rose Stanton (F. Vidor) rencontre par hasard Rodney Aldrich (C. Fillmore) dans un tramway. Rodney l'épouse peu après. Mais, pris par son métier d'avocat, il délaisse son épouse qui souhaite pouvoir s'épanouir elle aussi intellectuellement...

Durant les premières années de sa carrière, King Vidor produisait ses propres films avec comme actrice principale son épouse de l'époque, Florence Vidor. Très peu de ces films nous sont parvenus. The Real Adventure a été retrouvé à la Cinémathèque de Toulouse dans une copie malheureusement incomplète; il manque la deuxième bobine. Vidor avait dès ses débuts eu des préoccupations sociales comme le montre le magnifique The Other Half (1919), alors que dans celui-ci, il s'intéresse au sort de la femme au foyer. Florence Vidor est une superbe actrice de cinéma qui joue avec naturel et subtilité. De la jeune fille fière et décidée à l'épouse fatiguée de n'être qu'un faire-valoir de son mari, elle joue de son visage mobile sans jamais exagérer aucune expression. Il est fort dommage que la seconde bobine manquante de ce film contienne les scènes cruciales où elle réalise que sa vie maritale ne sera pas le lit de roses qu'elle avait envisagée. On la voyait sous une tempête de neige lors de leur lune de miel, puis éconduite sur le lieu de travail de son époux. Vidor travaille tout en finesse avec l'excellent opérateur George Barnes. Utilisant l'ellipse habilant, Vidor nous montre l'évolution de Rose qui décide de quitter son époux pour lui montrer qu'elle peut très bien gagner sa vie toute seule. Mais, malgré tout, le film n'est pas aussi prenant que l'était The Other Half. Et la fin est évidemment terriblement rétrograde: l'épouse rentre dans ses foyers après avoir expérimenté le rôle de femme émancipée car selon la morale de l'époque, elle ne peut s'accomplir sans un époux à ses côtés. La copie teintée incomplète est cependant de belle qualité, mettant en valeur la belle cinématographie de Barnes aussi bien dans les extérieurs qu'en studio. Une charmante curiosité.

dimanche 16 avril 2017

Maurice Tourneur dans "El País" du 15 avril 2017

La Main du diable (1943)

Suite au cycle de films de Maurice Tourneur à la Filmoteca de Catalunya de Barcelone, j'ai été interviewée par un journaliste d'El País qui a publié un excellent article sur la carrière de Maurice Tourneur. Vous pouvez le lire en ligne en espagnol. En voici la traduction :

Maurice Tourneur, cinéaste insoumis 
La Filmoteca propose un cycle dédié au réalisateur français, ignoré dans son propre pays 
La Filmoteca a prévu un cycle de 12 films de Maurice Tourneur (1876-1961) et l’a intitulé "un classique inconnu". Bien sûr, il l’est ici, mais aussi en France, où on ne lui a pas pardonné de ne pas avoir répondu à la mobilisation en 1914 et d’être resté aux Etats-Unis, évitant ainsi la Première Guerre mondiale. Tourneur était allé cette même année aux États-Unis pour travailler dans une filiale de la société Eclair. Bientôt, le succès de ses films dans ce pays lui a permis de réaliser et de produire ses propres films. Naturalisé américain, il a reçu l'admiration de ses collègues. Cependant, l’émergence des grands studios avec un système de travail où le réalisateur, perdant son autonomie, était un rouage sous contrôle ennuya Tourneur. En 1926, il quitta un tournage à la Metro n’acceptant pas la supervision par le producteur. Il se sentait épié. Et il est rentré en France. Mais dans son pays natal, on n'avait pas oublié qu'il était un déserteur.
 Christine Leteux a publié en France une biographie documentée du personnage et a été chargée de présenter le cycle de la Filmoteca. Pour Leteux, il y a une dernière image à propos de la notoriété française de son cinéaste. Les nécrologies dans la presse française étaient sans intérêt et mal informées. « Par contre, le New York Times a dit que son talent avait influencé le développement du cinéma. » De plus, à Los Angeles, il a son étoile sur le Walk of Fame. En fait, dans ses dernières années, il vivaient de traductions de romans policiers américains. Clarence Brown, qui avait été formé en tant que cinéaste grâce à Tourneur et était devenu un des réalisateurs préférés de Greta Garbo, lui envoya un chèque tous les mois jusqu'à sa mort. Et il arriva de Suisse pour assister à l'enterrement de son ami. Contrairement à Jacques, le fils de Maurice, qui avait été formé à côté de son père et qui, comme lui, travaillait maintenant aux Etats-Unis, ne se présenta pas à ses funérailles. La relation entre les deux était polie, mais distante étant donné que Jacques avait pris comme femme la maîtresse de Maurice. « Maurice suivait la carrière de son fils aux Etats-Unis en lisant la presse américaine», dit Leteux.
 En 1928, déjà installé en France, mais avec la presse rappelant son passé d’insoumis et anti-patriotique, il est expulsé de son pays. Leteux considère que dans cette campagne de certains de ses collègues, il y a un facteur non négligeable « de jalousie professionnelle ». Il va vivre une année à Berlin où il va tourner un film avec une jeune comédienne, Marlene Dietrich. Après 16 mois en Allemagne, il est autorisé à rentrer en France où il a le statut d’étranger expulsable qui doit renouveler son permis de séjour tous les trois mois. L’arrivée du cinéma parlant qui, pendant un certain temps, jusqu'à l'arrivée du doublage, freina l'importation de films, permet la résurrection de l'industrie locale où Tourneur aura sa part .
 Plus de complications 
L'invasion allemande de la France et la Seconde Guerre mondiale apportera de nouvelles complications pour Tourneur ; en tant que citoyen américain résidant en France, il est doublement suspect. Ses comptes en banque sont bloqués en 1941 et il doit se présenter chaque semaine aux autorités de son quartier. Bizarrement, à ce moment-là, il travaille pour la Continental, une société de production fondée par les Allemands en France. Comme Leteux l’explique, la Continental n’était pas un appareil de propagande allemande. Elle essaie d'être une société viable commercialement et de maintenir l'industrie cinématographique française en vie tout en bénéficiant à une Allemagne qui avait gagné la guerre. En fait, à la Continental on trouvait aussi bien des collaborateurs déclarés que d’autres professionels actifs dans la Résistance. Le film qui a ouvert le cycle de la Filmoteca (La Main du diable) a été tourné par Tourneur durant cette période.
 Pour Leteux, les films artistiques réalisés par Tourneur n'ont pas été reconnus. A l’époque muette, il rompt avec l'inertie du théâtre filmé (« Dans The Whip en 1917, il a filmé le déraillement d'un train »). Comme cinéaste, il s’est intéressé à la mise en scène, à l'éclairage et à la construction narrative et Leteux souligne que dans un film comme The Blue Bird (1918) « il y a une stylisation du décor qui anticipe l'expressionnisme introduit par Caligari en 1920. Dans le film, il y a beaucoup d'idées qui furent ensuite développées par les Allemands ».
 Certains documents consultés par Leteux pour écrire sa biographie sont issus d’archives françaises que les Allemands avaient emmenées à Berlin pendant l'occupation avant de terminer à Moscou après l'entrée des Soviétiques dans la capitale allemande. « Et il a fallu attendre la Glasnost de Gorbatchev, pour que les autorités françaises puissent revendiquer avec succès leur restitution. » En ce moment, elle travaille sur l'histoire singulière de la Continental.
 Tomàs Delclós

vendredi 24 mars 2017

Rétrospective Maurice Tourneur à Barcelone en Avril-Mai 2017


La Filmoteca de Catalunya (Cinémathèque de Catalogne) organise une rétrospective Maurice Tourneur à partir du 4 avril prochain. Je présenterai deux séances lors de cette rétrospective: 


Si vous êtes à Barcelone, ne manquez pas cette occasion de voir certains films rares de Tourneur! 
Ma biographie de Maurice Tourneur est toujours disponible chez La Tour Verte.

jeudi 23 mars 2017

Dinty 1920

Dinty (Wesley Barry) à droite
Un film de Marshall Neilan avec Wesley Barry, Colleen Moore, Noah Beery et Anna May Wong

Doreen O'Sullivan (C. Moore) quitte son Irlande natale pour San Francisco avec son fils pour y retrouver son époux. Mais, celui-ci est mort dans un accident et elle doit élever son fils seule. Dix ans plus tard, c'est Dinty (W. Barry) qui doit gagner leur vie car sa mère est malade de la tuberculose. Le gamin a fort à faire face aux autres vendeurs de journaux qui lui cherchent querelle...

En 1920, Marshall Neilan est le réalisateur préféré de Mary Pickford et il a conçu pour elle certains de ses plus beaux films comme Stella Maris (1918). Pour Dinty, il décide de faire une star d'un gamin de treize ans jusqu'ici acteur de complément, le petit Wesley Barry. Le gamin couvert de taches de rousseur rappelle le petit Robert Lynen avec son physique de petit moineau malingre et son bagou. Le reste de la distribution est étincelante avec une jeune Colleen Moore - avant qu'elle ne devienne la flappeur des années 20 -, Noah Beery en baron de la drogue de Chinatown et une toute jeune Anna May Wong dans le rôle de l'épouse de l'affreux Beery. Neilan n'hésite pas à réaliser un cocktail détonnant: mélodrame, humour et suspense en ne laissant pas une minute de répis au spectateur. Le début du film pourrait faire croire que nous allons voir un mélodrame social. La pauvre Colleen Moore habite dans un sous-sol avec son fils au petits soins, utilisant toutes sortes d'inventions bricolées pour la soulager comme ce ventilateur qui tourne grace à un robinet d'eau froide. On découvre aussi la dureté des rues de San Francisco où le petit Dinty doit constamment se défendre face à des concurrents qui n'hésitent pas utiliser la violence. Pourtant on ne sombre pas dans la noirceur. On voit le gamin organiser un spectacle avec ses copains pour sa mère où il danse et chante sous les éclairages magnifiques du grand opérateur Charles Rosher. Parallèlement, une intrigue secondaire suit les agissements du roi du trafic d'opium sous les traits (bridés) de Noah Beery qui offre comme toujours la quintescence de l'ignoble traître. La fin du film est haletante avec la police à la poursuite de Noah Beery avec des avions tandis qu'on recherche à Chinatown la fille du juge kidnappée par le même Beery. Le petit Wesley Barry est adorable, plein de charme et offre une performance pleine de naturel et d'humour. Il ne faut pas manquer ce charmant opus de Neilan (où John McDermott n'a réalisé que les séquences de 2ème équipe en Irlande contrairement à ce qu'indique le programme) qui repasse la semaine prochaine à la Fondation Pathé.

lundi 20 février 2017

Napoléon en DVD

Napoléon (1927) d'Abel Gance 

Une fois n'est pas coutume, je voudrais vous parler du coffret DVD publié par le BFI du chef d'oeuvre d'Abel Gance, Napoléon (1927) que les cinéphiles n'osaient plus espérer après des décennies d'attente. Et bien, il est maintenant vraiment là, disponible en 4 DVD (ou 3 Blu-ray) depuis le mois de novembre 2016 auprès du British Film Institute, amazon.co.uk, etc.

Bonaparte à Toulon (Albert Dieudonné)
Gance en 1925 lors du tournage en Corse*
Cette sortie est l'occasion de revisiter ce film magique qui n'était jusqu'ici disponible que dans des versions incomplètes ou des copies pirates issues des diffusions sur Channel 4 dans les années 1980. Autant dire que nous repartons de zéro avec cette magnifique restauration réalisée par Kevin Brownlow avec le British Film Institute qui dure 5h31, entièrement teintée et virée, et avec la superbe partition du compositeur Carl Davis. La restauration de ce film fut une épopée en elle-même comme me l'avait racontée Kevin Brownlow lors d'une interview en septembre 2008. Commencée à la fin des années 1960, elle avait été couronnée une première fois par une projection en novembre 1980 à Londres sous la direction de Carl Davis d'une copie de 4h50 qui souleva
Saint-Just (Abel Gance)
l'enthousiasme des spectateurs et cinéastes présents. C'est en 1981 qu'il fut présenté dans une version écourtée et accélérée (4h) au Radio City Music Hall de New York avec une autre musique signée Carmine Coppola sous les auspices de son fils Francis Ford Coppola. Dans les décennies qui suivirent, Kevin Brownlow continua son travail de dentellière pour améliorer sa restauration avec des séquences supplémentaires et des éléments de meilleure qualité. Ce travail au long cours se termina en 2000 avec une nouvelle restauration de 5h31 teintée et virée. A cause des problèmes de droit (Coppola Vs. BFI), cette version a été bloquée pendant 16 années avant d'être enfin numérisée pour faire un DVD. 
Triptyque final

On peut maintenant admirer l'excellente qualité de cette copie réalisée à partir d'éléments très divers et qui forme un tout parfaitement cohérent grâce à un étalonnage impeccable. En plus, le teintage numérique est superbe, réussissant même à recréer des teintages et virages complexes que plus personne ne sait faire chimiquement comme ce viré bleu-teinté rose pour figurer l'aube sur les Sanguinaires (voir ci-dessous).

Jules Kruger avec sa caméra lors du tournage à Briançon
des séquences de Brienne*
Avoir un DVD de ce film est aussi l'occasion de pouvoir l'explorer à l'envie et cela permet de passer du temps à redécouvrir des séquences excitantes ou émouvantes. Il faut le répéter ce film n'est pas une pièce de musée ni un pensum qui provoque l'ennui. Gance a conçu un film épique à hauteur de spectateur qui est parfaitement équilibré en action, suspense et même humour. Je l'avais déjà comparé à Alexandre Dumas pour sa manière romanesque de réécrire l'histoire de France en mêlant fiction et vérité. Il veut nous faire revivre la Révolution Française en utilisant des méthodes révolutionnaires, techniquement parlant. La caméra cesse d'être immobile sur un trépied. Le caméraman la transporte attachée sur sa poitrine. De multiples autres procédés sont inventés pour la déplacer sur une luge, un pendule, une bicyclette, etc. Chacune de ces prouesses techniques est au service du récit et ne cherche pas à être une simple prouesse sans objet. Ainsi, une caméra est fixée sur le dos d'un cheval lors de la fuite de Bonaparte à cheval
en Corse. D'ailleurs, je voudrais mentioner ici que la caméra embarquée à dos de cheval est une caméra Debrie modifiée par l'ingénieur Simon Feldman avec un moteur à air comprimé (comme il l'a dit à Brownlow lors d'une interview) et pas du tout l'Aéroscope Proszynski, une imposante caméra à air comprimé, comme je l'ai entendu plusieurs fois à des conférences à la Cinémathèque française. 
Gance dirige à coups de révolver en Corse*
Il faut aussi saluer la performance des acteurs que Gance a réussi à galvaniser en utilisant parfois des méthodes étranges. Armé d'un révolver, il dirige la famille Bonaparte en Corse lors de sa fuite (voir ci-contre). Mais, Gance est souvent plutôt dans la démonstration du rôle comme pour la scène des Trois Dieux où il mime à Danton (Alexandre Koubitsky) ce qu'il doit faire. Ces formidables scènes de tournage sont visibles dans le documentaire de Kevin Brownlow, Abel Gance - The Charm of Dynamite (1967) qui est offert en supplément sur le 4e disque.
A Billancourt, Gance dirige les Trois Dieux*
Grâce à la superbe qualité de l'image, on peut admirer les compositions de Gance que ce soit en extérieurs ou en studio et qui est encore plus sensible avec le teintage.
Préparation de la bataille à Toulon

Les Gendarmes à la poursuite de Bonaparte en Corse
A la Convention, l'ombre de Bonaparte sur la déclaration des
droits de l'homme et du citoyen
Sous la pluie battante à Toulon
Laetitia (Eugénie Buffet) à bord du Hasard
retrouve son fils
Bonaparte enfant à Brienne (Vladimir Roudenko)
L'un des éléments les plus importants de cette restauration outre la qualité de la copie est sans aucun doute la magnifique partition composée par Carl Davis. Davis l'a enregistrée dans des conditions optimales, comme pour un disque de musique classique, dans un studio dédié avec un des meilleurs orchestres londoniens, le Philharmonia Orchestra. Et le résultat est là: une dynamique, une richesse dans les détails et les couleurs juste époustouflante. Davis ne se contente pas de citer les grandes oeuvres de Beethoven ou Mozart. Il a travaillé avec de grands orchestrateurs comme Colin et David Matthews, qui sont eux aussi compositeurs. (Colin Matthews est également l'auteur d'une version reconstruite de la 10e symphonie de Mahler). C'est tout simplement le plus bel enregistrement musical pour un film muet que j'ai jamais entendu. De plus, Davis est l'un des rares compositeurs capables de suggérer les émotions intérieures des personnages au lieu de rester à la surface des choses. Il est également insurpassable pour les scènes de bataille qu'il sait orchestrer de façon à guider notre regard vers les moments importants, tout comme pour sa partition pour Intolerance (1916) de D.W. Griffith.
L'Armée d'Italie (à La Garde près de Toulon)
Et puis, il y a le triptyque final. Ce moment de cinéma unique qui évidemment est fait pour être vu sur grand écran. Cependant, la magie de cette séquence agit malgré tout sur mon petit écran de télévision. Les restaurateurs du BFI ont réussi à produire une image presque sans raccords entre les trois panneaux qui montre le travail incroyables des techniciens et opérateurs qui travaillaient avec Gance. Le Cinérama avant sa création. On termine le visionnage en chantonnant "Le Chant du départ" de Méhul. Un vrai bonheur.
La Cinémathèque française a dit qu'elle ferait sa propre restauration. Cela sera très difficile de surpasser ce DVD.

Vous pouvez lire sur ce blog l'interview de Kevin Brownlow à propos de Gance et celle de Carl Davis à propos de sa partition. Et je vous recommande la lecture de l'ouvrage de Kevin Brownlow, Napoleon, Le grand classique d'Abel Gance (Armand Colin, 2012) que j'ai traduit en français.

[Les captures d'écran suivies d'une étoile proviennent du documentaire The Charm of Dynamite.]

dimanche 19 février 2017

The Dangerous Coward 1924

Bob Trent (Fred Thomson)
Poing d'acier
Un film d'Albert Rogell avec Fred Thomson, Hazel Keener, Frank Hagney et Jim Corey

Bob Trent (F. Thomson) a renoncé au ring après avoir rendu infirme un concurrent The Weazel (J. Corey). Il s'est installé dans l'ouest comme cowboy. Amoureux de Mary McGinn (H. Keener), il a un sérieux rival avec Wildcat Rea (F. Hagney) qui convoite également Mary...

Dans les années 1920, Fred Thomson était un héros de westerns de série B qui était souvent au moins l'égal des série A. Acrobate, cascadeur émérite, Thomson jouissait d'une énorme popularité avec son cheval Silver King, une vedette à part entière. Je vous avais déjà parlé de Thundering Hoofs (1924) du même réalisateur Al Rogell qui combinait humour, cascades et suspense. The Dangerous Coward est tout aussi réjouissant avec Thomson en ancien boxeur qui refuse de reprendre les gants. Mêlant joyeusement combats de boxe, cascades à cheval et bagarre en voiture, Rogell réussit un film de 60 min sans temps morts. Le fringant Thomson est aussi à l'aise lorsqu'il fait la cour à la belle Mary que lorsqu'il escalade un toit pour échapper à ses poursuivants, ou lorsqu'il doit affronter un champion sur le ring. Ce héros du western est mort prématurément à l'âge de 38 ans du tétanos qu'il a contracté en marchant sur un clou rouillé. Il reste heureusement quelques films où on peut encore admirer cet acteur fort sympathique.